Théâtre - L'enfance blessée

Photo: François-Xavier Gaudreault
Dans Le bruit des os qui craquent, il y a une mise à distance du drame: l’action, déjà passée, est à la fois racontée et jouée par les enfants, et les jeunes personnages évoluent derrière une toile.
Photo: Photo: François-Xavier Gaudreault Dans Le bruit des os qui craquent, il y a une mise à distance du drame: l’action, déjà passée, est à la fois racontée et jouée par les enfants, et les jeunes personnages évoluent derrière une toile.

C'est dur à rater: la présentation de la pièce Le bruit des os qui craquent n'est pas tout à fait comme les autres. Présentée en collaboration avec Amnistie Internationale, la pièce est de plus accompagnée d'une petite exposition de la photographe Lara Rosenoff dans le hall du Théâtre d'Aujourd'hui.

Bref, il s'agit là de théâtre «utile», lié à une problématique socio-politique réelle. La création de Suzanne Lebeau veut attirer l'attention sur le drame, révoltant et trop occulté, des enfants-soldats.

Destiné à l'origine au jeune public, le récit présente le dépouillement et la simplicité forte d'une fable: on y raconte la fuite de deux de ces militaires en herbe vers la liberté; un pénible exode marqué par la faim, la soif, la peur et la fatigue. Enrôlée de force chez les rebelles, Elikia, 13 ans, entraîne à sa suite le petit Joseph (Sébastien René) qui, fraîchement arraché à sa famille, possède encore la tendresse et l'innocence de l'enfance, alors que la comédienne Émilie Dionne donne un juste mélange de dureté et de vulnérabilité à son adolescente vieillie prématurément par les souffrances.

Malgré l'horreur de ce qui est arrivé à ces personnages, ce texte dense montre une certaine retenue bienvenue. Il y a une mise à distance du drame: l'action, déjà passée, est à la fois racontée et jouée par les enfants, et les jeunes personnages évoluent derrière une toile. À l'avant-plan et en alternance, une infirmière vient témoigner devant une commission internationale. Les extraits qu'elle lit du journal intime de la jeune Elikia — dont l'écriture est particulièrement prenante — viennent parfois appuyer ou expliquer très directement la scène qui s'est déroulée avant entre les deux enfants. Des interventions de cet unique personnage adulte ressort une inévitable dimension pédagogique. Mais c'est aussi ce qui permet de dépasser la seule émotion brute pour atteindre un certain niveau de réflexion.

Et Lise Roy porte le rôle avec une dignité touchante. La comédienne prête sa belle voix empreinte de solennité à ce personnage qui tente de donner un caractère personnel au phénomène des enfants-soldats en dévoilant les paroles d'Elikia, de faire entendre le drame humain derrière les statistiques. Difficile de ne pas conclure que son auditeur invisible et silencieux, qui refuse d'entendre les détails et est pressé de retourner à sa vie confortable, c'est nous tous...

Collaboratrice du Devoir

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Le bruit des os qui craquent

Texte de Suzanne Lebeau. Mise en scène de Gervais Gaudreault. Au Théâtre d'Aujourd'hui

jusqu'au 25 avril.

À voir en vidéo