Théâtre - Au-delà du bien et du mal

Le texte de la pièce Je ne pensais pas que ce serait sucré porte la marque d’une vraie auteure, soit Catherine Cyr.
Photo: Le texte de la pièce Je ne pensais pas que ce serait sucré porte la marque d’une vraie auteure, soit Catherine Cyr.

Imaginez Lucifer descendu ici-bas. En proie à une grave crise existentielle, il va se confier à une psychologue. La cause de son mal-être: il n'a plus sa raison d'être en enfer, car aujourd'hui «le mal est devenu un bien public»! Alors, fragile, il va vivre une chose qui, aux dernières nouvelles, n'arrive que sur la Terre: il tombe amoureux.

C'est cette drôle de rencontre amoureuse entre Lucas et Rose — la fille de la psychologue, aussi en crise d'identité — qui forme le coeur de Je ne pensais pas que ce serait sucré. Cette première pièce de Catherine Cyr a été créée en 2007, à Jonquière et à Sherbrooke. Elle est à l'affiche du Théâtre Prospero à Montréal depuis mardi soir. Ce texte drôle et touchant, sucré et salé, porte la marque d'une vraie auteure, c'est-à-dire une oeuvre qui nous propose un univers en soi, avec un regard original, un ton unique. Catherine Cyr mélange les propos tendres et cocasses aux réflexions sérieuses et philosophiques sur l'amour, l'abandon, l'éternité, la filiation, la fin de l'innocence et l'insoutenable précarité des choses.

La pièce est admirablement défendue pas les quatre interprètes, dont Benoît Legrandeur, qui compose un Lucifer dandy et cynique à souhait, ainsi que la jeune Marianne Roy, qui joue une adolescente blasée plus vraie que nature... avant de se transformer en amoureuse!

La mise en scène du directeur du Double Signe, Patrick Quintal, très efficace, est enrobée des belles images du concepteur vidéo Anh Minh Truong. Ce dernier doit, entre autres, recréer l'enfer imaginé par l'auteure: une serre à papillons. En effet, Rose est fascinée par les papillons, par leur beauté aussi éphémère que fragile.

Or, en séduisant le diable en personne, Rose illustre qu'il est encore possible de préserver la beauté du monde. Et de nous toucher droit au coeur.

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Collaborateur du Devoir

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Je ne pensais pas que ce serait sucré

Texte: Catherine Cyr. Mise en scène: Patrick Quintal. Avec Lysanne Gallant, Benoît Legrandeur, Guylaine Rivard et Marianne Roy. Une coproduction du Théâtre du Double Signe (Sherbrooke) et du Théâtre La Rubrique (Jonquière), présentée au Théâtre Prospero, jusqu'au 18 avril.

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