Deux Tentatives de saisir le réel

La première partie est sans aucun doute la plus intéressante: avec un naturel confondant, les comédiens Évelyne de la Chenelière, Éric Forget, Denis Gravereaux, Marika Lhoumeau et Éric Robidoux recréent un souper entre amis. Autour d'une table qui trône au centre du grand cube noir qu'est le Théâtre La Chapelle, le quintette reproduit avec une justesse ahurissante les conversations (évidemment riches en récits de voyage... ), les hésitations, les lapsus et les blagues inhérents à ce type de soirée tout en dégustant un plat de pâtes et en buvant du vin.

Soudain, le personnage incarné par Robidoux se lève, sort de la réalité dramatique, se met à jouer avec la nourriture, trouve refuge sur la table, se love contre Gravereaux... alors que celui-ci et les trois autres poursuivent tranquillement leur discussion. Cette image de l'homme qui, même parmi les siens, sent constamment le monde lui échapper alors qu'il aspirerait au sublime semble être l'idée maîtresse de ce diptyque.

La seconde pièce, plus abstraite, met en scène le même personnage qui déambule à la recherche d'un repère ou d'un regard parmi la foule d'une vingtaine de figurants dont l'entrée en scène constitue le moment le plus saisissant de Tentatives. L'effet est cependant de courte durée: ce long ballet dure si longtemps avant que Robidoux ne croise de la Chenelière que la symbolique s'essouffle. Grâce à leur rencontre, le spectacle renoue avec l'un des questionnements chers à Niel, soit les limites de la représentabilité.

Tentatives constitue donc un double exercice de style où le jeune metteur en scène et auteur continue de traquer ses obsessions et de poursuivre ses objectifs de théâtralisation du silence et d'éclatement du réalisme. Un effort qui s'inscrit bien dans le mandat du Théâtre La Chapelle où Niel est adjoint à la direction artistique, mais dont les questionnements somme toute formels peinent à faire pénétrer pleinement le spectateur dans la représentation.

Collaborateur du Devoir

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Tentatives

Texte et mise en scène de

Jérémie Niel. Une coproduction de Pétrus et du Théâtre

La Chapelle présentée à La Chapelle jusqu'au 21 mars.