Théâtre - Occupation triple

Photo Valérie Remise
Un des couples de la pièce Hôtel Pacifique, Monique Spaziani et Benoît Dagenais.
Photo: Photo Valérie Remise Un des couples de la pièce Hôtel Pacifique, Monique Spaziani et Benoît Dagenais.

Lieux à la fois privés et publics, mariant caractère anonyme et grande intimité, les chambres d'hôtel forment de riches espaces dramatiques. D'autant qu'elles permettent, sous le sceau du hasard, la rencontre d'une faune très diversifiée.

A priori, les trois couples qu'a réunis Fanny Britt ne pourraient être plus différents. Hôtel Pacifique loge deux jeunes (François Bernier et Madeleine Péloquin) ayant imaginé un scénario bancal pour fuir leur quotidien trop ordinaire; un haut fonctionnaire (Benoît Dagenais) qui cherche à quitter sa femme (touchante Monique Spaziani); une employée de l'hôtel (Johanne Haberlin) — un peu le lien entre ces univers — qui tente d'arracher à sa communauté son amant, juif orthodoxe (Patrick Hivon).

Trois couples d'étrangers, saisis à des moments charnières, menacés par un élément extérieur ou (surtout) jouets de leurs propres illusions. Leurs petites histoires se déroulent à l'ombre de la grande: à travers une fenêtre où se profile la ville, ils peuvent voir le cortège d'un président américain évoquant étrangement

Barack Obama...

Mais c'est bien davantage la télévision — audible mais invisible pour nous — qui capte l'attention des personnages. La pièce semble exposer le conflit entre l'image et la vraie intimité, la concurrence entre la réalité et l'imaginaire imposé par les petit et grand écrans, qui inspirent nos fantasmes. D'où l'artificialité caricaturale du projet invraisemblable concocté par le jeune couple. Ou le caractère improbable du dernier couple — on a d'ailleurs du mal à croire à cette situation, malgré la sensibilité du jeu de Patrick Hivon.

Trois univers aux tons différents qui pourraient être totalement dissonants sur scène. Mais dans la petite salle habilement transformée, les trois duos partagent sans heurts le même espace, qui ne reproduit que deux chambres. La mise en scène de Geoffrey Gaquère capture les rythmes propres à chaque paire, particulièrement le silence lourd de lassitude du couple marié, sans doute le plus prenant.

Alors même que le politicien du changement passe sous leurs fenêtres, les locataires d'Hôtel Pacifique se retrouvent donc incapables d'aller au bout de leurs rêves. La réalité, aussi décevante soit-elle, reprend ses droits. Dure époque de désillusion...

Collaboratrice du Devoir

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Hôtel Pacifique

Texte de Fanny Britt. Mise en scène de Geoffrey Gaquère. À la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 28 mars.

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