Théâtre - Mouvances contemporaines

Jérémie Niel signe ces jours-ci la mise en scène de Tentatives, la troisième production de la compagnie Pétrus.
Photo: Pascal Ratthé Jérémie Niel signe ces jours-ci la mise en scène de Tentatives, la troisième production de la compagnie Pétrus.
Comme tous les artistes de la relève, Jérémie Niel est un passionné. L'oeil allumé, le poil rebelle et la voix haut perchée, le jeune homme porte un double chapeau, lui qui est à la fois l'adjoint du nouveau directeur artistique de La Chapelle, Jack Udashkin, et «patron» du Théâtre Pétrus, une jeune compagnie accueillie en résidence permanente dans la salle de la rue Saint-Dominique.

Il signe ces jours-ci la mise en scène de Tentatives, la troisième production de la compagnie, une oeuvre multidisciplinaire qui fait appel à la lumière, à la musique, au cinéma et même à la danse tout autant qu'au théâtre. Rencontre avec un jeune créateur explorant avec enthousiasme les chemins de la création.

Une esthétique du silence

Pétrus — c'est-à-dire, con-crètement, Jérémie Niel — n'en est donc pas tout à fait à ses premières armes. La compagnie amorçait ses activités en 2005 avec La Campagne de Martin Crimp au MAI et poursuivait à La Chapelle en 2007 avec Son visage soudain exprimant de l'intérêt, un spectacle «bipolaire» cons-truit par Niel à partir de deux textes, l'un du dramaturge allemand Franz Kroetz et l'autre de Philippe Ducros que nous connaissons mieux.

Lorsque Jack Udashkin a pris le relais de Richard Simas à l'automne 2007, il a tout de suite proposé à Niel de se joindre à son équipe en assurant ainsi un espace de travail à sa petite compagnie.

«Nous sommes en résidence permanente, explique le metteur en scène, mais pour cette production, nous n'avons vraiment occupé le territoire de La Chapelle que durant deux semaines, une à l'automne et l'autre en février, à cause de l'activité intense qui règne ici. [...] C'est la première programmation construite par la

nouvelle équipe de La Chapelle. Cela exige beaucoup de temps et Petrus est vraiment privilégié de pouvoir s'insérer dans un environnement aussi riche où les approches sont si diversifiées...»

Il expliquera aussi que Tentatives fait directement référence à la difficulté de vivre et d'exister vraiment avec la présence des autres. Que la pièce est construite en deux parties distinctes, en miroir, l'une «bavarde» — le personnage central y partage un repas avec des amis — et l'autre «presque muette», où on le retrouve, solitaire au milieu d'une foule. Attiré par une esthétique du silence — «une phrase prend souvent plus de sens au milieu du silence» —, Jérémie Niel assume tout à fait ses choix.

«Dans Tentatives, on verra à la fois l'intérieur et l'extérieur; on touche autant à la vie bien concrète qu'à l'univers onirique tout à fait abstrait du personnage. Mais j'ai voulu aborder cela à partir des émotions et non pas par le discours, en intello... En travaillant beaucoup sur le corps, sur le mouvement et sur la bande son. En fait, je dirais que notre approche est plus près de la danse que du théâtre même si on ne peut certainement pas parler de chorégraphie. C'est plutôt dans l'écriture scénique, dans la façon dont tout le monde bouge et occupe l'espace, que cela se sent. Je tenais absolument, par exemple, à mettre en scène un comédien-danseur dans le rôle principal et tout ne s'est vraiment mis en place que lorsque j'ai trouvé Éric Robidoux...»

Outre Robidoux, on retrouvera dans Tentatives des noms fort connus, dont ceux d'Évelyne de la Chenelière et de Denis Gravereau, qui se donnent souvent le moyen tous deux — elle surtout par ses textes, lui par son implication auprès des jeunes compagnies — de «tremper dans des aventures rafraîchissantes». Ce qui est probablement la meilleure façon de sentir dans quelle direction le vent souffle... Jérémie Niel n'aura souhaité, lui, que réunir une équipe (que viennent compléter ici Éric Forget et Marika Lumeaux) à l'image de ses préoccupations, c'est-à-dire hétérogène et riche d'expériences diverses.

Des projets? «Plusieurs! Je ne peux pas vraiment donner de détails puisque rien n'est encore coulé dans le béton, mais après ces trois premières productions, deux autres devraient prendre forme, dont l'une dès la saison prochaine. La stabilité et la motivation permanente qui viennent avec mon deuxième chapeau commencent à porter fruits plus généreusement, disons.» Pour une fois que la relève trouve à s'exprimer, on ne s'en plaindra surtout pas.

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Tentatives

Texte et mise en scène: Jérémie Niel. Une production du Théâtre Pétrus présentée à La Chapelle du 12 au 21 mars.