Théâtre - Gadget utopiste

Dans Forêts de Wajdi Mouawad, Anne-Marie Olivier incarnait ses personnages avec un solide mélange de sensibilité et de force de caractère. La comédienne, surtout active à Québec, s'est également fait connaître il y a quelques années grâce à son solo Gros et Détail, un spectacle de contes inspiré par la faune humaine du quartier Saint-Roch, dans la basse-ville.

Malheureusement, la poésie qui émanait de ce texte où se côtoyaient la candeur et la misère humaine, convainc beaucoup moins dans Le Psychomaton, premier texte dramatique d'Olivier recréé en ce moment au Théâtre d'Aujourd'hui.

L'efficacité et le charme de Gros et Détail tenaient principalement à l'intimité qui s'installait entre le conteur et son public, et peut-être au fait que la jeune dramaturge et interprète y maniait elle-même son langage fleuri. Dans Le Psychomaton, que le groupe Ad Hoc avait d'abord présenté à deux reprises au théâtre Périscope et que la directrice artistique Marie-Thérèse Fortin a cru bon d'importer à Montréal, la naïveté du ton et de la proposition dramaturgique évoque un théâtre pour adolescents d'une autre époque. Josée (Hélène Florent), commis dans une station-service, souhaite changer le monde en inventant, avec son ami Polo (Paul-Patrick Charbonneau), un confessionnal électronique qui dispense des petites pensées philosophiques.

En abordant ainsi le thème de l'incommunicabilité entre les êtres, notamment dans un milieu où la pauvreté et l'ignorance engendrent trop souvent l'exclusion et la violence, l'auteure installe une mécanique qui ne permet que de prendre des instantanés qui, malgré une certaine tendresse dans le traitement, s'élèvent rarement au-dessus de la caricature. Le psychomaton, construit petit à petit par les personnages à partir des fragments du décor, reste un prétexte pour introduire une série de très courts monologues livrés par une galerie de personnages joués par trois acteurs.

Outre Érika Gagnon, qui réussit grâce à sa justesse à extraire un peu de jus de sa partition, seule la figure du petit Jimmy Parent que façonne Éric Leblanc parvient réellement à trouver un équilibre entre humour, profondeur et émotion. Entre des considérations métaphysiques sous forme de métaphores et une histoire d'amour qui reste au ras des pâquerettes, Florent et Charbonneau n'ont pas grand-chose non plus à se mettre sous la dent.

La mise en scène de Véronika Makdissi-Warren, basée sur les allées et venues de ces écorchés quotidiennement à la recherche d'un peu de bonheur, s'avère assez bien rythmée, et la transformation progressive de la scénographie imaginée par Élise Dubé reste l'un des aspects les plus intéressants de cette production. Bien qu'Anne-Marie Olivier et le groupe Ad Hoc n'hésitent pas à soulever des thèmes graves, Le Psychomaton souffre à mon sens d'un trop-plein de bons sentiments qui en limitent la portée.

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Le Psychomaton, Texte: Anne-Marie Olivier. Mise en scène: Véronika Makdissi-Warren. Une production du groupe Ad Hoc présentée au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 7 mars.

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