Théâtre - Double K.-O. rue Papineau

On écrit trop peu sur les réels dangers physiques qui guettent l'amateur d'art dramatique. Ainsi, mardi soir dernier, votre humble serviteur subissait deux agressions aggravées qui laissèrent son corps rompu devant l'entrée de La Licorne, sise rue Papineau. Après deux heures de pure tension devant l'étonnant Pillowman, production qui confirme au besoin la richesse de l'écriture de Martin McDonagh et la justesse de Denis Bernard à titre de metteur en scène, vint le tour de Fabien Cloutier avec son solo Scotstown de pilonner mes muscles et organes, tant ma charpente fut incessamment secouée par le rire.

Révélé en 2005 par son conte urbain Ousqu'y é Chabot?, le comédien et dramaturge diplômé du Conservatoire de Québec revient avec une version bonifiée de ce premier affront, soit quatre récits hauts en couleur. L'oralité et la vulgarité triomphent dans la bouche de ce personnage d'Estrien bon vivant qui vivra des aventures jusque dans des contrées mystiques comme Montréal ou le Village huron, flirtant même avec Satan au détour de ses folles virées.

Le texte de Cloutier va au-delà du monologue humoristique sur la bêtise. On pense au Nèg' de Robert Morin, sans la multiplicité des points de vue. Le protagoniste, doté d'un côté sympathique pas tout à fait dépourvu de tendresse, fait preuve d'une certaine ouverture d'esprit qui lui permet d'aborder indirectement des sujets comme les préjugés, la pédophilie et la dépression. De plus, un individu qui nourrit sa plantation de marijuana avec du compost fait maison ne peut pas être complètement irrécupérable.

Certains goûteront sans doute moins que d'autres cet univers où les Doritos constituent un repas de roi, où le bikini Budweiser représente le summum du bon goût et où les Russes renvoient principalement à des personnages de Lance et compte. Les talents du conteur, soutenu par une bande-son et des éclairages simples et efficaces, sont par contre indéniables. La justesse de son jeu, ses inimitables mimiques et son entrain contagieux ajoutent à la performance où les fous rires du public, loin d'être frileux lors de la représentation, se ramassent à la pelle.

Grâce aux efforts de la maison Dramaturges éditeurs et de son directeur Yvan Bienvenue, le texte de ce spectacle fait déjà l'objet d'une publication. La couverture de ce premier recueil pour l'auteur s'orne d'une photographie de l'immonde chaise qui constitue l'essentiel de la scénographie. Selon nos sources, Fabien Cloutier cacherait également dans ses tiroirs une tragédie beauceronne inachevée. Scotstown confirme la fraîcheur de son ton et l'originalité de sa démarche. Faque, enweille, poète, à tes papiers!

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Collaborateur du Devoir

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Scotstown

Texte, interprétation et mise en scène: Fabien Cloutier. Une production de Bavota communications présentée à La Petite Licorne jusqu'au 10 février.

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