Théâtre - La mémoire dans les os

Scène de la pièce Rafales.
Photo: Scène de la pièce Rafales.

Qu'arrive-t-il aux âmes des morts dont personne ne se souvient plus? Elles sont condamnées à ressasser leur histoire afin de ne pas sombrer dans l'oubli et d'éviter ainsi de rejoindre la fosse commune de l'anéantissement. Cette idée poétique porte Rafales, une courte pièce jouée dans la petite salle de l'Usine C, à l'heure du souper.

Quatre personnages spectraux occupent le cimetière des «Affreux», au bord d'une falaise acadienne. C'est le lieu de sépulture isolé réservé aux indésirables et aux étrangers: une meurtrière (Claire Normand), un homme qui a fini ses jours dans un asile (Alain Lavallée), une jeune Mi'kmaq assassinée (Julie Duguay). «Derniers à se souvenir» d'eux-mêmes, ces fantômes se cramponnent tant bien que mal à leurs tombes, sur lesquelles souffle le vent de la tempête. Après avoir vu ses os sombrer dans la mer, Marguerite (José Babin) est chassée du cimetière, menacée de voir sa mémoire s'effacer. Mais la naufragée flotte toujours autour des Affreux, dérangeant les règles et les rituels institués par ces morts vivants.

La coproduction du Théâtre Incliné et du Théâtre populaire d'Acadie propose une atmosphère, un univers singuliers davantage qu'un récit. Sur le plan dramaturgique, le spectacle paraît plutôt décousu, intégrant une série de petites histoires racontant le passé et la mort de ses personnages. Quelques temps morts jonchent la pièce, dont de longues scènes se déroulent par ailleurs sans texte.

L'esthétique de la pièce créée par José Babin fait appel à diverses formes, telles des ombres chinoises ou des marionnettes. Il n'y manque pas d'ingéniosité. Par exemple, des crânes recouverts d'un masque humain, montés sur deux doigts des comédiens — pour représenter les jambes! — parviennent à évoquer de drôles de petits bonhommes, et une malle dotée de plusieurs compartiments semble faire jaillir toute une maison.

Les costumes, les maquillages, la scénographie et la trame sonore concourent à créer un monde insolite, non dénué d'humour. Cette danse macabre mais carnavalesque est portée sur scène avec un ludisme qui évoque un peu le théâtre jeunesse.

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Collaboratrice du Devoir

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Rafales

Texte de José Babin, inspiré de nouvelles de Maurice Arsenault, d'Albert Belzile, de Brigitte Harrison, d'Alain Lavallée et de Christiane St-Pierre. Mise en scène de José Babin. À l'Usine C, jusqu'au 7 février à 18h.

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