Théâtre - La guerre des sexes

Le comédien Guillaume Champoux dans une scène de Pur chaos du désir. Photo: Valérie Remise
Photo: Le comédien Guillaume Champoux dans une scène de Pur chaos du désir. Photo: Valérie Remise

Il faut croire que suffisamment d'eau a coulé sous les ponts. Certains artistes québécois semblent désormais prêts à aborder dans leurs oeuvres le massacre de Polytechnique. Bientôt transposée sur les écrans de cinéma, la tragédie a aussi inspiré une pièce qui en examine les répercussions sur les relations amoureuses. Dans Pur chaos du désir, Gilbert Turp scrute le fossé qui sépare hommes et femmes à l'échelle d'un couple chez qui la tragédie collective provoque une remise en question.

La création raconte une année dans la vie d'un ménage qui se désintègre progressivement. La tuerie de 1989 atteint durement ce jeune couple d'universitaires qui vient d'avoir un bébé. Rose se braque d'abord devant les manifestations d'affection physique; Benoît perd un ami, étudiant à la faculté d'ingénierie, qui se suicide par culpabilité. Leurs trajectoires personnelles divergent de plus en plus: alors qu'elle s'épanouit dans sa carrière, il s'enfonce dans l'apathie et la dépression. Elle avance, il fait du sur-place. La communication entre eux est malaisée, et le texte les montre d'ailleurs souvent séparément, à travers leurs conversations téléphoniques avec autrui ou dans des monologues-diatribes. Dans une scène, on voit même Benoît s'adresser à son organe sexuel...

Bref, il y a des maladresses dans ce texte qui s'amorce — mal — par une phrase un peu grandiloquente: «La violence des hommes me fait horreur»... Dure tâche, parfois, pour les deux interprètes (Guillaume Champoux et Catherine Florent), que de donner une sonorité naturelle à certaines de ces répliques. Il me semble que la pièce s'améliore, acquiert des accents de vérité, à mesure qu'on s'éloigne des références directes à Polytechnique et de la dimension sociopolitique explicite sur le massacre. L'illustration du gouffre qui divise de plus en plus le couple, de l'incompréhension et de la rancoeur qui s'accumulent, produit par contre certaines bonnes scènes. Les comédiens jouent avec abandon et la petite salle favorise cette sensation d'intimité.

Au-delà de Polytechnique et des discussions qu'elle provoque sur la violence, la pièce construit surtout le portrait plutôt juste de la lente dérive d'un homme, qui au départ semblait pourtant le moins affecté des deux. Pur chaos du désir traduit le désarroi d'une certaine condition masculine laissée dans le «vide», d'une difficulté des hommes à exprimer leur mal-être.

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Collaboratrice du Devoir

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Pur chaos du désir

Texte et mise en scène de Gilbert Turp. Jusqu'au 31 janvier, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui.

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