Théâtre - Épars fragments du désir

Dans la pièce La Femme française et les étoiles, Louise Marleau, royale, joue de câlineries comme de canailleries dans ce rôle taillé sur mesure. Photo: Robert Etchéverry
Photo: Dans la pièce La Femme française et les étoiles, Louise Marleau, royale, joue de câlineries comme de canailleries dans ce rôle taillé sur mesure. Photo: Robert Etchéverry

Pour inaugurer l'année 2009 à l'Espace libre, Jean Asselin ressort de ses cartons La Femme française et les étoiles, qu'il jouait lui-même en compagnie de Marie Lefebvre il y a plus de dix ans. La proposition d'Omnibus a de quoi séduire: un dialogue entre le corps masculin et la voix féminine, en empruntant aux mots de Louis Aragon et à quelques images surréalistes, un mouvement dont le natif de Neuilly-sur-Seine fut une figure majeure. Cette production au charme légèrement suranné fait pourtant une plus belle part à la parole qu'au geste.

En effet, le dialogue semble ici truqué, perdu d'avance pour le pauvre hère à qui le mime Pau Bachero donne corps. À travers des dizaines de lettres que lit, 30 ans après les faits, la femme française dans son boudoir, on découvre une figure féminine manipulatrice à souhait, qui attisa jadis la jalousie de son jeune amant par d'infimes doses de sous-entendus et de confidences faussement innocentes. Louise Marleau, royale, joue de câlineries comme de canailleries dans ce rôle taillé sur mesure.

Parallèlement au jeune homme dont la confiance s'effrite au fil des mois, le mime lui-même, malgré une performance convaincante, peine à trouver sa place dans l'espace scénique un peu encombré conçu par Geoffrey Levine. Ce salon drapé de rouge, avec ses miroirs et ses oeuvres d'art rappelant entre autres Giacometti et Magritte, évoque les rêves et fantasmes de son habitante, mais magnifie peu le travail corporel de son visiteur. Les éclairages signés Mathieu Marcil, qui rendent bien l'intimité du lieu, ne bonifient pas non plus la prestation de celui qui incarne les plus profonds désirs de la dame, du gamin inexpérimenté au bel esclave oriental.

Il y aussi que le personnage de la femme se déplace beaucoup en lisant à haute voix ses missives. Entre Marleau à la riche voix chaude, aux tenues somptueuses et aux gestes larges, et Bachero, qui doit imposer sa présence physique dans un environnement presque hostile, le duel est forcément inégal.

La représentation suit le rythme parfois erratique de l'échange épistolaire, et quelques noirs et projections ponctuent sans grand éclat l'action scénique. Il reste donc de ce spectacle le souvenir de l'envoûtante voix de Louise Marleau et le léger regret de ne pas avoir assisté à l'échange promis.

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Collaborateur du Devoir

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La Femme française et les étoiles

Texte: Louis Aragon. Maîtrise d'oeuvre: Jean Asselin, assisté de Marie Lefebvre. Une production d'Omnibus présentée à l'Espace libre jusqu'au 7 février.