Théâtre - Amour de saison

Le titre pour le moins cucul laissait craindre le pire. À l'arrivée, Faits pour s'aimer n'est pas tout à fait la guimauve appréhendée. La traditionnelle gâterie du temps des Fêtes offerte par la compagnie Jean-Duceppe s'avère une comédie romantique plutôt folichonne. Et surtout un véhicule en or pour sa vedette féminine, Danielle Proulx.

Pas que la pièce signée en 1981 par le couple hollywoodien Joseph Bologna et Renée Taylor soit d'une grande profondeur. D'abord produite à l'été 2006 au Théâtre Beaumont-Saint-Michel, elle appartient au registre du divertissement léger. Sauf qu'une protagoniste très théâtrale lui donne un peu de folie. Et qu'il y a dans le spectacle mis en scène par Michel Poirier quelques clins d'oeil qui échappent à la structure par ailleurs conventionnelle de la pièce: une couple de numéros musicaux, dont la finale hollywoodienne d'un kitsch assumé, et des apartés adressés au public, avec parfois un effet musical évoquant un conte de fées.

Il était une fois, donc, une actrice en mal de contrats qui ratait une audition la veille de Noël. Sa spontanéité et son don comique tombent pourtant dans l'oeil d'un producteur de messages publicitaires à succès — «Familiprix!», c'est lui... (L'adaptation multiplie les références québécoises.) L'esseulée Suzie décide que ce célibataire endurci est l'homme de sa vie, rien que ça. Ne reculant devant rien, elle attire Vito dans son lit et le piège littéralement dans son loft très coloré, avec un peu d'aide d'une nature complaisante, qui fournit une tempête de neige....

Normalement, l'agressif numéro de séduction de l'excessive Suzie semble la parfaite recette pour faire fuir un homme à grand galop. Mais les comédies romantiques ont leur logique que la raison ne connaît point. Et ces deux êtres, que bien sûr tout semble opposer au départ, se rapprocheront finalement grâce à leurs blessures et à une commune envie d'écrire. Mais pas avant que Suzie n'ait infligé à Vito des extraits de son inqualifiable one-woman-show, sorte de parodie du théâtre russe du XIXe siècle. La deuxième partie, elle, nous introduit au drame des personnages. Moins de folie et des gags qui tombent davantage à plat.

On comprend pourtant que Danielle Proulx ait été séduite par ce personnage extravagant, parfois exaspérant, qui lui permet de s'éloigner des rôles maternels qu'on lui a confiés plus souvent qu'à son tour, ces dernières années. Grâce à ce personnage qui va dans tous les sens, la comédienne déploie un registre étendu, du numéro de chant jusqu'à la mauvaise tragédienne russe. Avec son partenaire Henri Chassé, naturel et solide dans un rôle moins flamboyant, elle partage une aisance et une complicité manifestes.

Bref, un divertissement bien de saison, pour les esprits non gâtés par le cynisme...

***

Faits pour s'aimer

Texte de Joseph Bologna et Renée Taylor.

Traduction et adaptation de Danielle Proulx.

Mise en scène de Michel Poirier.

Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 7 février.

***

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo