Théâtre - Le mélange des genres

Théâtre La Chapelle
Photo: Théâtre La Chapelle

Pour me comprendre ; Il faudrait savoir qui je suis ; Pour me comprendre ; Il faudrait connaître ma vie ; Et pour l'apprendre ; Devenir mon ami.

Mardi soir, je me suis rappelé ces paroles de la très belle chanson de Michel Berger en voyant Regarde maman, je danse. Cette pièce de l'actrice transsexuelle belge, Vanessa Van Durme, à l'affiche du Théâtre La Chapelle à Montréal. Car la compréhension est le plus beau cadeau qu'un être puisse faire à un autre. Hélas, la différence des uns est trop souvent incomprise par la majorité des autres.

Seule sur la scène dépouillée, sans décor ni accessoires — sauf deux poupées, représentant un garçon et une fille — en jupon rose et pieds nus, Vanessa Van Durme se confie pendant 80 minutes. Son monologue, tantôt drôle, tantôt touchant, est divisé en deux grandes étapes de son existence. La première partie retrace sa vie au masculin: son enfance, sa jeunesse, ses débuts au théâtre, son premier amour, puis sa déchéance dans la prostitution. Cette période est marquée par la démonstration du conflit qui ronge son âme, qui la déchire à l'intérieur: vivre selon son sexe. Ce conflit est bien sûr amplifié par la réaction de la société, ses parents d'abord.

La seconde partie s'attarde à sa vie au féminin, à partir du jour où elle se rend dans une clinique de Casablanca (nous sommes dans les années 70) afin de subir l'opération pour devenir une femme. Une décision qui changera son destin, lui permettra enfin d'avoir une vie «normale » et de goûter, un peu, au bonheur de vivre.

C'est à la demande de son ami, le chorégraphe Alain Platel, que Van Durme a décidé d'écrire son histoire. (La comédienne avait collaboré avec Platel à Tous des Indiens, spectacle présenté au Festival de théâtre des Amériques, en 2001). À presque 60 ans, l'actrice avait sans doute assez de recul et de maturité pour ne pas tomber dans les excès et le mélodrame que son histoire aurait pu inspirer. Son récit est elliptique, imagé, plein de tendresse et d'humanité. Et son jeu est remarquable. Certes, ce spectacle créé à Gand, en 2005, et qui a tourné en Europe, est bien rodé. N'empêche, j'ai rarement vu une telle présence sur scène. Pure et lumineuse.

Vanessa Van Durme a créé son Regarde maman... pour lutter contre les préjugés. Car les hommes (et les femmes) qui décident un jour, après bien des années de souffrance, de changer de sexe demeurent incompris. Quoi qu'on en dise, pour le commun des mortels, les transsexuels sont des énigmes, dont la réalité est plus difficile à accepter que celle de l'homosexualité; car plus radical et irrévocable. Jusqu'au jour où l'on essaie, tout simplement, de les comprendre.

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Collaborateur du Devoir

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Regarde maman, je danse

Par et avec Vanessa Van Durme. Mise en scène : Frank Van Laecke. Au Théâtre La Chapelle, jusqu'au 6 décembre

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