Théâtre - Comédie existentielle

La solitude et la crise existentielle sont de véritables maux d'époque — du moins dans nos sociétés occidentales gâtées. Et pour qui tente de trouver un sens à sa vie, il ne manque pas de recettes, de spiritualité prête-à-penser et de gourous en tous genres sur le marché. Né d'improvisations, Et si je n'étais pas passée par là? se moque gentiment de nos dérives en suivant la quête d'une jeune femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire, mais mue par une insatisfaction existentielle chronique.

Comme nombre de ses contemporains, Claudine cherche à droite et à gauche les réponses qui lui manquent, traque les solutions miraculeuses et les guides divers. Dans sa quête de bonheur, elle court les différents courants à la mode, comme le yoga, et s'interroge sur les déterminismes de sa destinée — même dans les inoffensifs biscuits chinois! On la voit notamment en train de suivre les directives d'un gourou de croissance personnelle dont on n'entendra que la voix suave en hors champ. Et se plier ainsi, avec bonne volonté sinon grand succès, à toute une panoplie d'exercices absurdes.

On la suit aussi dans ses interventions auprès d'un client (Jean-Pascal Fournier, qui campe plusieurs personnages). Claudine exerce elle-même un travail très tendance, consacré à la «valorisation résidentielle», ou l'art de rendre plus attrayante une maison à vendre, notamment en gommant tout ce qui rappelle la personnalité distincte de l'occupant... Une «dépersonnalisation» qui n'est pas sans lien avec le thème du spectacle.

Petit show artisanal, la production des Ouvriers Théâtre est jouée dans un espace nu, habité par quelques accessoires. La mise en scène comporte des éléments inventifs, par exemple cette table de restaurant où les sushis représentent les meubles du condo à revamper. Des diaporamas sont aussi mis à contribution.

Portant la pièce sur ses épaules, Maia Loïnaz compose un personnage attachant, qui expose sa vulnérabilité lors de monologues introspectifs. La comédienne rend bien la naïveté bien intentionnée de Claudine. Certaines scènes amusantes paraissent par ailleurs un peu gratuites. Telle cette séquence, complètement loufoque, d'un Asiatique manchot jouant de la harpe électronique...

À partir d'un thème pas exactement inédit, Et si je n'étais pas passée par là? propose un spectacle sans prétention et assez divertissant. Un tableau parodique, certes, mais le reflet d'une humanité tout à la fois fragile, touchante et ridicule, en mal de béquilles spirituelles.

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Collaboratrice du Devoir

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Et si je n'étais pas passée par là?

Texte collectif. Idéation et mise en scène de Philippe Cyr et Annick Gamache. À la salle intime du Théâtre Prospero, jusqu'au 13 décembre.

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