Théâtre - Réussir ou échouer?

On parle beaucoup d'argent, de bonheur et de réussite dans Les Gagnants. Par l'entremise de la satire sociale, François Archambault tente ainsi de décortiquer le mécanisme des idéaux de la génération des 25-35 ans. Deux couples et un diplômé à la recherche d'un emploi tentent de résoudre bien des dilemmes dans leur vie. Qui finira vainqueur? Au Périscope, à Québec, la jeune équipe du Groupe Ad Hoc se lance dans une aventure théâtrale aussi drôle que percutante.

Première mise en scène
Pour sa première mise en scène professionnelle, la comédienne Véronika Makdissi-Warren s'efforce de rendre Les Gagnants aussi dynamique que possible. On ne peut pas dire qu'il s'agit d'un grand texte, mais certaines répliques sont plutôt savoureuses. On rit, n'échappant toutefois pas au malaise quotidien que traduit cette pièce.

Sébastien, un diplômé en administration, adresse des demandes d'emploi sans trop d'espoir. Deux couples l'entourent et le protègent tout en cherchant la recette du parfait petit bonheur: David et Mireille ne jurent que par le mariage et par la fidélité amoureuse alors qu'Étienne et Véronique semblent beaucoup plus ouverts d'esprit. Pourtant, tout ne va pas aussi bien. Derrière cette façade et ces masques, la réalité est autre. Mireille veut à tout prix un enfant, David s'interroge sur sa virilité, Étienne intellectualise trop ses émotions et Véronique tente de mettre un peu de piquant dans sa vie sexuelle. De plus, Caroline arrivera soudainement dans l'existence un peu amorphe de Sébastien. Le narrateur, Sylvio, guide surtout vers les grandes lois du succès à long terme dans sa carrière de petit gérant. Au-dessus des comédiens, un MC-DJ commente l'action et brasse un peu de musique techno dans cette histoire.

Le regard lucide d'Archambault interroge les relations entre gagnants et perdants mais dénonce aussi cette quête de la réussite sociale à tout prix.

Grosses ficelles

Les ficelles sont parfois énormes, sauf que Les Gagnants atteint sa cible. Véronika Makdissi-Warren a bien voulu mettre en relief l'urgence émotive qui guide sans cesse cette pièce. Par contre, l'écriture d'Archambault aurait avantage à se ramasser un peu. La dernière demi-heure s'étire inutilement. Toutefois, les interprètes s'engagent sans la moindre hésitation. Stéphane Allard campe un Sébastien fort crédible, tout comme Fabien Cloutier dans le rôle d'Étienne ou Édith Paquet dans celui de Mireille. Les décors grisâtres reflètent assez bien la lassitude perpétuelle de ces individus. Également, le travail de Christian Michaud (à titre de MC-DJ) stimule un tel discours. Les nombreux intermèdes musicaux permettent une transition fluide d'une scène à l'autre. De ce point de vue, Les Gagnants amuse sans pour autant compromettre une réflexion pertinente sur cette fameuse course vers un épanouissement quelque peu trompeur.