Théâtre - Entre-deux

Ceux qui ne connaîtraient ni le travail d'auteur dramatique de Larry Tremblay (Le Ventriloque) ni celui de metteur en scène d'Éric Jean (Hippocampe) n'en apprendront pas davantage à la découverte de Cornemuse, que présente actuellement le Théâtre d'Aujourd'hui. Petite interlude dans leurs oeuvres respectives, qui rappelle un peu les dessins animés énigmatiques que Radio-Canada passait à une certaine époque de manière à faire le pont entre deux émissions. De telles choses existaient lorsqu'il n'était pas encore possible de zapper et que la publicité n'occupait pas chaque seconde vacante. D'un interlude, Cornemuse possède aussi le caractère squelettique et dansant ainsi que la naïveté voulue d'une fable, qui n'est pas faite pour durer.

En revanche, deux éléments appartiennent en propre à ce pas de deux dramatique: la condensation en 65 minutes d'un amour mais aussi sa fin tragique, qu'appelle le théâtre pour que le spectateur retienne cet instant trop bref, autrement sans conséquences. En cela, Cornemuse renoue aussi, parce que la parole n'y est pas primordiale, avec la pantomime, qui aimait bien dépeindre schématiquement les premiers émois accompagnant la naissance du sentiment amoureux jusqu'à la désunion des amants.

À la sortie du métro, Chris et Ana trouvent refuge dans un no man's land. Il s'y trouve des banquettes, un sol de sable ainsi qu'une cabine téléphonique qui servira de douche un peu plus tard. Au début, leur amour a des airs de comédie musicale. Puis le désir monte. Mais il est sans cesse interrompu par les appels impromptus de Bobby que dévore un cancer. Le tout se termine sur l'agonie de cet amour, par son épuisement.

Fidèle à ses habitudes, Larry Tremblay file de nouveau la métaphore. Mais en abordant l'éternel combat d'Éros et de Thanatos, il me paraît étirer un peu la sauce. Et cela ne tient pas à la mise en scène. En effet, Éric Jean transmet bien les mouvements successifs d'une pièce très elliptique. De même sait-il l'amener progressivement à son dénouement grâce à la sûreté de son sens musical, mais surtout par une transformation subtile de l'espace scénique, une fois de plus judicieusement conçu par Magalie Amyot, auquel les costumes de Linda Brunelle ajoutent une touche de couleur et de fantaisie.

Enfin, David Boutin et Geneviève Martin confèrent leur propre poids de chair au couple étrange de Cornemuse. Dans leur interprétation, le ludisme l'emporte sur le tragique. Au fond, c'est sans doute ce qu'il y a à retenir de cet affrontement singulier, pantomime ou interlude, comme on voudra.