THÉÂTRE - L'être et le néant

Le Salon automate est un solo écrit, dirigé et défendu par une comédienne atypique, polyvalente et extrêmement talentueuse, qui possède un côté nature (artiste de créations en marge) et un côté givré (actrice de séries télés populaires). O
Photo: Le Salon automate est un solo écrit, dirigé et défendu par une comédienne atypique, polyvalente et extrêmement talentueuse, qui possède un côté nature (artiste de créations en marge) et un côté givré (actrice de séries télés populaires). O

«L'élégance est de se comporter dans la solitude comme en société», a écrit l'écrivain et globe-trotter français Sylvain Tesson. Avec sa dernière pièce à l'Usine C, Le Salon automate, Nathalie Claude applique cette idée à la lettre. La comédienne joue une femme troublée qui tient salon en compagnie de trois automates pour oublier sa peur du vide et de la solitude. Les automates étant des robots, ou androïdes, prisés par la bourgeoisie européenne au milieu du XIXe siècle.

Projet artistique ambitieux, Le Salon automate est une curiosité de la saison théâtrale. Et à plusieurs niveaux. D'abord, ce spectacle est un solo écrit, dirigé et défendu par une comédienne atypique, polyvalente et extrêmement talentueuse, qui possède un côté nature (artiste de créations en marge) et un côté givré (actrice de séries télés populaires). Or ici, pour notre grand bonheur, elle nous montre ses deux côtés.

Certains moments comiques sont irrésistibles (le numéro où elle mime un oiseau; la chanson Tubertuez, où son personnage s'époumone sur des paroles qui rappellent des scènes de Pied de poule... ). Mais l'auteure aborde aussi des thèmes sérieux — la mort, la folie, le spleen existentiel — sur fond de légèreté: le salon des précieuses ridicules comme l'a dépeint Molière. De plus, Nathalie Claude ne craint pas de plonger sans filet dans un exercice périlleux: donner la réplique à des robots programmés, alors que le théâtre est un art vivant intimement lié à l'écoute et à la générosité des acteurs sur scène!

La créatrice a souhaité que ses automates soient conformes à ceux présentés jadis dans les cabinets de curiosité en ayant une apparence humaine. Fruit de la collaboration entre le scénographe Raymond Marius Boucher et l'artiste en arts électroniques Simon Laroche, la création des automates a nécessité plus d'un an de travail aux concepteurs, apprend-on dans le programme.

Le résultat est réussi tant sur le plan de l'esthétique que sur celui de la robotique. Le savoir-faire d'Angelo Barsetti au maquillage et à la coiffure, de Judy Jonker aux costumes, ainsi que les voix préenregistrées de Patrice Coquereau, Marie-France Lambert et Céline Bonnier contribuent à humaniser les automates. Par moments, ces derniers — qui ressemblent à des marionnettes géantes avec les traits des interprètes vocaux — sont même touchants.

Certes, ce spectacle n'est pas parfait. Sa durée, une heure 45 sans entracte, étant son principal défaut — on pourrait retrancher facilement 20 minutes, dont le début qui souligne inutilement le caractère rituel de la création. Mais il témoigne d'une rigoureuse démarche de recherche théâtrale qui caractérise, depuis 18 ans déjà, la troupe Momentum. Ne serait-ce que pour cela, Le Salon automate mérite d'être vu et applaudi.

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Collaborateur du Devoir

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LE SALON AUTOMATE

Texte, mise en scène et interprétation: Nathalie Claude. Conception et programmation des robots: Raymond Marius Boucher et Simon Laroche.

Produit par Momentum et présenté à l'Usine C jusqu'au 25 octobre.