Théâtre - La mémoire et la mère

Petite compagnie de la relève, le Théâtre TRESSS a le mérite de s'aventurer hors des sentiers battus en nous faisant découvrir une auteure du Pérou. Rare occurrence sur nos scènes! Le texte de Mariana de Althaus aborde toutefois des thématiques universelles: la relation mère-fille, la possibilité du pardon, le manque identitaire, la maternité. Trois histoires de mer pose entre autres cette question tabou: une mère doit-elle se sacrifier au bonheur de son enfant? Du théâtre psychologique, plutôt bavard et explicatif, mais teinté d'humour et de pointes d'onirisme.

La jeune Ananu (Sounia Balha) a appris de la bouche de sa mère agonisante que celle-ci avait eu puis abandonné, quelques années plus tard, deux filles avant elle. Elle réunit donc ses deux aînées dans la maison familiale afin de leur apprendre cette révélation, plutôt mal reçue. Au premier abord, les trois demi-soeurs se révèlent, bien entendu, à peu près aussi dissemblables que possible, d'allure — leurs costumes disent déjà tout — comme de personnalité. Chacune semble avoir développé sa propre façon de négocier avec son sentiment d'abandon et de perte. La chic mais guindée Vania camoufle sa blessure sous une tonne de sarcasme et de cynisme; Josefina laisse voir une colère ouverte. Même la gentille cadette, tout en tentant une difficile réconciliation familiale, cache sa douleur. L'alcool aidant, elles laisseront peu à peu tomber les masques.

Comédienne d'abord, Mariana de Althaus a écrit des personnages typés, en général assez bien campés. La composition de Sounia Balha est sensible et naturelle. À l'opposé, Talia Hallmona s'offre un numéro plutôt divertissant avec sa Vania affectée, qui cultive l'attitude de celle que rien ne touche. Plutôt que dans la trop raide Josefina, Francesca Gosselin convainc davantage quand elle joue le fantôme maternel. Car cette mère qui a commis l'impensable, cette dépendante affective qui a abandonné successivement deux foyers pour suivre un homme, ne revit pas seulement à travers les discussions de ses filles.

Chacune des soeurs aura droit à une rencontre post-mortem avec la figure maternelle, incarnée à tour de rôle par l'une des comédiennes. Cet élément intéressant, qui introduit le fantastique dans un univers très réaliste, est toutefois amené avec plus ou moins d'adresse dans le spectacle, dirigé par le metteur en scène débutant Miguel Doucet. Pas facile, il faut l'admettre, de rendre le «réalisme magique» dans une petite production, avec peu de moyens...

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Collaboratrice du Devoir

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Trois histoires de mer

Texte de Mariana de Althaus.

Traduction de Francesca Gosselin. Mise en scène de Miguel Doucet.

À la salle intime du Théâtre Prospero, jusqu'au 4 octobre.