Théâtre jeunes publics - Un condensé «pur Sud»

Suzanne Lebeau est depuis longtemps fascinée par «le Sud», par les enfants du Sud, plutôt, et leur irradiante fierté. En tournée là-bas, il y a déjà longtemps, elle s'est mise à travailler avec eux tant dans des écoles que dans des ateliers improvisés près des dépotoirs des grandes capitales; elle en parle, elle aussi, avec fierté. C'est de cette expérience qu'est né Salvador, qui reprend l'affiche, après 10 ans d'absence, en amorçant la 25e saison de la Maison Théâtre.

Comme il n'y a jamais vraiment de hasard, Salvador raconte d'abord la fierté d'une famille pauvre et démunie accrochée aux flancs d'un village quelque part dans les Andes. C'est de là que partira le petit Salvador pour y revenir avec nous afin de nous plonger, lui, «le petit doué pour les lettres» devenu écrivain, là à nouveau, dans le froid et la chaleur humaine, dans la tendresse et la dureté de son enfance revécue sous nos yeux. La métaphore est belle. Efficace: l'enfance en direct; l'exubérance malgré la misère; la mort aussi présente que la vie... Une sorte de concentré, de condensé «pur Sud» de la réalité de là-bas que Suzanne Lebeau connaît si bien. Un bonheur. Dur, comme il sait l'être parfois, le bonheur...

Belle surprise aussi de constater que la production du Carrousel n'a pas vraiment vieilli. Au contraire, elle apparaît sous une lumière encore plus riche quand on suit un peu ce qui se passe au Sud, justement — et même ici, d'ailleurs... À cause, d'abord, du jeu bien senti des comédiens qui crée rapidement une sorte d'étonnant climat d'empathie et de complicité; l'autre matin, la salle a explosé à quelques reprises lorsque les flûtes, les tambours et les charangos se sont mis de la partie, comme pour aider tout le monde à respirer un peu.

Il y a aussi que la mise en scène enlevée et forte en images de Gervais Gaudreault nous fait croire sans hésiter à tout ce que l'on voit se passer là: le dispositif scénique colle à la vie qui s'étale ici alors que l'humanité profonde de tout cela réussit à s'inscrire clairement dans chacune des situations mises en relief. Quant au texte de Suzanne Lebeau, il est partout sobre, souple, simple et lumineux tout en sachant parler de choses que l'on n'ose même plus aborder dans les chaumières: les vraies relations entre les gens, la valeur de l'effort, du sacrifice aussi, tsé, pas trop souvent, mais des fois...

Sursum corda!

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Salvador

Texte de Suzanne Lebeau mis en scène par Gervais Gaudreault. Avec Marcelo Arroyo, Carole Chatel, Marcela Pizarro Minella et Alejandro Venegas. Une production du Carrousel présentée à la Maison Théâtre jusqu'au 12 octobre et offerte à tous les publics à partir de 8 ans. Durée: un peu plus d'une heure.