Théâtre - Premier choc péruvien

Sounia Balha et Miguel Doucet présentent une oeuvre riche, complexe et engagée écrite par Mariana de Althaus.
Photo: Jacques Grenier Sounia Balha et Miguel Doucet présentent une oeuvre riche, complexe et engagée écrite par Mariana de Althaus.

Ils sont jeunes comme on se souvient tous, toujours, jamais plus, de l'avoir été, et c'est leur première entrevue. Elle, Sounia Balha, sort à peine de l'École nationale; lui, Miguel Doucet, bleuet déraciné, y est passé aussi et s'adonne depuis à la mise en scène. Ils font partie du Théâtre Tresss qu'ils ont fondé avec leurs deux comparses Francesca Gosselin et Talia Hallmona pour monter ces Trois Histoires de mer de Mariana de Althaus qui prennent l'affiche mardi dans la salle intime du Prospero. Bien. Mais pourquoi les rencontrer, eux? Pourquoi parler de cette production plutôt que d'une autre?

L'universel et le particulier

D'abord, parce que! Ensuite parce qu'ils sont jeunes et beaux et qu'il faut parler de la relève dès qu'elle se manifeste. Mais surtout parce qu'ils arrivent avec une proposition originale: l'oeuvre riche, complexe et engagée d'une dramaturge péruvienne. Vous en connaissez beaucoup, vous?

Pourtant, le Théâtre Tresss en est déjà à sa deuxième pièce de Mariana de Althaus en un peu plus d'un an; en juillet 2008, la compagnie proposait Bruit à l'Espace La Risée, une petite salle de la rue Bélanger. Dans les deux cas, c'est Francesca Gosselin qui a signé la traduction; née d'une mère péruvienne et d'un père québécois, elle est sortie de l'École supérieure de théâtre de l'UQAM il y a quelques années. Sa carrière commence à prendre un tournant différent depuis qu'elle s'intéresse à ses racines péruviennes et qu'elle est entrée en contact avec Mariana de Althaus. Ici, grâce au mandat que s'est donné le Prospero de faire connaître les dramaturgies émergentes dont on n'entend presque jamais parler ailleurs, d'où qu'elles viennent, l'entreprise risque d'avoir un écho encore plus large. Yeah!

Miguel Doucet explique d'abord qu'Althaus est plus connue comme comédienne et metteure en scène que comme auteure dramatique. Pourtant, ses pièces ont été jouées jusqu'en Espagne et en France, en version espagnole toujours. Une relation privilégiée s'est rapidement créée entre l'auteure et la petite compagnie puisqu'elle est la seule jusqu'ici à avoir monté ses pièces en français. Ce qui a séduit Doucet comme tous les membres de l'équipe, c'est que les Trois Histoires de mer parlent du rapport mère-fille, un thème universel qui prend une coloration bien particulière au Pérou à cause du nombre effarant d'enfants abandonnés que l'on y trouve.

«L'histoire est assez simple, racontent-ils tous les deux en prenant la parole à tour de rôle. On est dans une maison sur le bord de la mer où se rencontrent pour la première fois trois femmes qui ne se connaissent pas. On apprendra assez vite que Joséfina, Vania et Ananu sont en fait les trois filles d'une même mère qui les a abandonnées. Dans cette maison, chacune avec sa forte personnalité, avec ses différences bien ancrées aussi, elles vont tenter de se construire un héritage commun.» Pas évident, direz-vous peut-être...

Comme le souligne Sounia Balha dans son accent bien montréalais, les trois comédiennes se sont permis de plonger dans leur propre relation avec leur mère pour construire leur personnage. Et comme elles sont toutes les trois d'origines disons «multiples», c'est une autre belle façon de souligner l'universalité du thème et ses applications bien particulières selon les cultures.

C'est elle encore ou peut-être Miguel Doucet qui abordera le «réalisme magique» de Mariana de Althaus qui semble rappeler les meilleurs moments des Cent ans de solitude de Garcia Marquez. On verra peut-être là des fantômes plus vivants que les vivants qui sait... «Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est intéressant pour le metteur en scène, reprend Doucet. On ne verra que les trois soeurs sur scène, mais pourtant chacune d'elle rencontrera sa mère... qui sera jouée, intégrée faudrait-il probablement dire, par chacune des filles. C'est un show écrit par une comédienne pour des comédiennes, et sa structure en abyme est fort intéressante parce qu'elle permet d'explorer des territoires très riches illustrant bien la force de l'écriture de Mariana de Althaus.»

Si l'avis vous intéresse, sachez que l'on pourra en apprendre un peu plus sur la vie et l'oeuvre de ladite Mariana de Althaus le 27 septembre à l'École nationale dans le cadre des Portes ouvertes organisées pour les Journées de la culture. Le Théâtre Tresss offrira là un bout de lecture de Bruit et jouera même un extrait de Trois Histoires de mer. On se renseigne à l'École, et on se donne rendez-vous au Prospero...