Théâtre - Oeuvre de lumière

La rencontre si attendue entre André Brassard, Andrée Lachapelle et les mots de Samuel Beckett, que Brassard n'avait pas mis en scène depuis plus de 15 ans, est oeuvre de lumière. Comme les cheveux blonds de l'actrice, ses bras et épaules nus et sa robe rose qui tranchent sur le noir de l'espace scénique et le bleu de l'amoncellement sablonneux dont elle émerge, la Winnie de ce Oh les beaux jours est un phare qui perce l'obscurité de son généreux rayon.

Le metteur en scène et la grande actrice ont su extraire toute l'humanité de la pièce de Beckett pour ce rendez-vous incontournable qui a pris l'affiche cette semaine à l'Espace Go. Brassard respecte, sans pourtant s'en embarrasser, les nombreuses indications scéniques laissées par l'auteur. Sa mise en scène, sobre, repose essentiellement sur la forte présence de Lachapelle, 76 ans, gracieusement éclairée par les soins d'Éric Champoux. Si les personnages sont presque immobiles dans la scénographie signée Geneviève Lizotte, le jeu de la protagoniste dégage une chaleur qui émeut et, parfois, déride.

Winnie, possible survivante d'un enfer atomique, est enfouie jusqu'à la taille dans un monticule au sein duquel se cache également Willie, son compagnon. Entourée de ses quelques possessions (un sac, une brosse à dents, un miroir, un revolver), la femme attend, babille, tente de se remémorer, d'attirer l'attention de son partenaire (Roger Larue, discret et toujours aussi solide). Car si quelqu'un nous entend, c'est que l'on n'est pas encore mort. Les paroles que déverse Winnie sans cesse sont son combat contre la solitude cruelle qui, particulièrement dans l'oeuvre du romancier et dramaturge irlandais, pèse sur l'homme.

Le second acte, dernier quart de la pièce, reste aride: désormais, seule la tête de Winnie paraît, seuls ses yeux sont mobiles. Lorsque vient le moment de chanter sa chanson, instant fatal qu'elle retardait depuis si longtemps, chant du cygne sur l'air de La Vie en rose, de Piaf, le temps semble se suspendre. Et de la conclusion, ouverte, cette image de Willie gravissant le monticule et tendant les bras vers sa dulcinée qui sourit une dernière fois, on en tire ce qu'on veut. La chose certaine, c'est qu'on ne peut pas se contenter d'attendre la fin: il faut vivre.

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Collaborateur du Devoir

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Oh les beaux jours

Texte: Samuel Beckett.

Mise en scène: André Brassard. Une production d'Espace Go, présentée jusqu'au 11 octobre.

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