Nécessaire bénévolat - Une occasion de fréquenter les créateurs d'ici

Soir de première au Théâtre d’Aujourd’hui pour la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, Seuls
Photo: Soir de première au Théâtre d’Aujourd’hui pour la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, Seuls

Rendu à 40 ans, le Théâtre d'Aujourd'hui peut compter sur une situation financière saine et sur une bande de bénévoles enthousiastes qui, bon an mal an depuis 12 ans, contribuent à assurer l'essor de ce théâtre voué à la création québécoise.

«Dans l'ensemble, la situation financière du théâtre est saine, explique Robert Chevrier, président du conseil d'administration du Théâtre d'Aujourd'hui. Le théâtre est particulièrement bien géré, grâce à l'excellent travail de Marie-Thérèse Fortin à la direction artistique et de Jacques Vézina à la direction administrative, qui assurent une gestion serrée. Le théâtre n'a pas de dettes et il est propriétaire de l'édifice où il loge, rue Saint-Denis.»

Le Théâtre d'Aujourd'hui dispose d'un budget de fonctionnement annuel d'environ 1,5 million de dollars. La moitié de cette somme provient d'organismes publics comme le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts de Montréal. La seconde partie provient de la contribution financière ou en services de ses commanditaires, dont notamment Hydro-Québec, la Banque Laurentienne et Le Devoir. Des activités de financement, comme les soirées-bénéfice et les revenus de billetterie, viennent boucler le budget. «Les soirées-bénéfice fournissent à elles seules entre 20 % et 25 % de la contribution du privé.»

Cette somme est-elle suffisante? «Elle ne nous cause pas d'empêchements majeurs, mais, évidemment, elle nous force à travailler à l'intérieur de nos moyens, qui demeurent modestes. Et pas seulement sur le plan financier, puisque nous disposons d'une petite salle de 250 places, ce qui oblige aussi à faire des choix. De toute façon, notre mandat est la création québécoise, pas les spectacles à grand déploiement, et nous arrivons très bien à remplir ce mandat.»

Nouveaux projets

Si ce budget permet au Théâtre d'Aujourd'hui de boucler sa saison et sa programmation, il ne permet cependant pas d'investir dans l'amélioration du théâtre. Pour cela, il faut mettre de l'avant des projets spéciaux et trouver le financement à la fois auprès des organismes publics et du secteur privé. Et c'est à cette croisée des chemins qu'en est arrivé le Théâtre d'Aujourd'hui.

«Nous avons aménagé dans le local rue Saint-Denis il y a maintenant presque vingt ans; les dernières grandes rénovations remontent donc à cette époque. Aujourd'hui, le théâtre a besoin de rénovations majeures. Il faut remplacer la climatisation, changer les sièges, moderniser l'équipement: c'est un projet majeur et nous attendons des nouvelles des organismes publics.»

Sans compter que le théâtre souffre d'exiguïté. «Nous avons une seconde petite salle, la salle Jean-Claude-Germain, qui sert à accueillir la relève et les jeunes troupes de théâtre. Auparavant, elle nous servait aussi de salle de répétition, mais elle est présentement presque toujours occupée par les troupes de la relève, ce qui est bien intéressant en soi, mais ce qui nous prive d'un lieu de répétition. Par contre, nous avons sur le toit une terrasse, dont on fait peu usage. On aimerait que notre projet de rénovation obtienne suffisamment de financement pour nous permettre de construire une salle de répétition sur le toit.»

La part des bénévoles

Chaque année depuis 12 ans, des bénévoles organisent une activité, soit les soirées-bénéfice. «Nous invitons de quinze à vingt personnes d'affaires ou professionnels à venir faire du théâtre avec nous afin d'amasser des fonds pour le Théâtre d'Aujourd'hui, explique Harold White, avocat d'affaires et maître d'oeuvre de la soirée pour la seconde année. Le théâtre engage un metteur en scène, souvent un jeune comédien ou une jeune comédienne, et fournit le soutien technique dont nous avons besoin. Nous interprétons devant public une quinzaine d'extraits de pièces québécoises. Il y évidemment du Michel Tremblay, mais aussi des auteurs comme Wajdi Mouawad et des auteurs de la relève comme Fanny Britt.» Les soirées-bénéfice sont aussi parrainées par une personnalité du monde artistique et une personnalité du monde des affaires.

De plus, ces comédiens de fortune s'engagent chacun à vendre 30 billets à 250 $ chacun. D'autres billets sont vendus par les partenaires du théâtre. «On arrive à donner trois soirées de représentation à guichets fermés dans une salle de 250 sièges, ce qui fait une jolie somme d'argent.»

Comment se lance-t-on dans pareille aventure? De la même façon que Me White. «Au fond, je ne connaissais rien au théâtre et je connaissais le Théâtre d'Aujourd'hui seulement de réputation. Ce sont les organisateurs de l'époque qui m'ont approché et j'ai dit oui un peu à l'aveuglette. J'étais évidemment anxieux. J'ai sans doute une sensibilité à la culture mais aucune connaissance et aucune prétention. Mais je considérais que c'était mon devoir en tant que citoyen d'offrir une contribution.»

Une expérience riche

L'expérience s'est révélée si riche qu'il récidive l'année suivante et en assume aujourd'hui la direction. «D'abord, en pénétrant un peu dans le milieu théâtral, j'ai découvert un monde extraordinaire peuplé de personnes bourrées de talent. Cela m'a permis aussi de découvrir la richesse de nos auteurs dramatiques. C'est une chance inouïe de pouvoir les fréquenter, et participer aux soirées-bénéfice le permet.»

De plus, cela offre aussi la possibilité de faire des rencontres. «J'ai eu l'occasion de rencontrer et de jouer avec Jean Doré, un homme que je n'aurais jamais rencontré s'il n'y avait pas eu cette activité à laquelle nous participions tous les deux.» En outre, cette activité permet de sensibiliser les gens d'affaires et les professionnels aux réalités du milieu culturel. «La plupart des gens qui participent pour la première fois ne connaissent pas le milieu culturel. C'est une occasion pour eux non seulement de se familiariser avec ce milieu, mais aussi de créer des liens avec les artistes, ce qui favorise la synergie entre le milieu culturel et le milieu des affaires.»

Sans compter qu'il s'agit là d'une expérience personnelle, selon Harold White, tout à fait exceptionnelle et unique. «Je suis convaincu que participer à une expérience semblable fait de nous de meilleures personnes, et pas uniquement dans notre vie personnelle. Cela fait aussi de nous de meilleures personnes d'affaires. Le Théâtre d'Aujourd'hui y trouve son compte, mais l'individu gagne aussi.»

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Collaborateur du Devoir

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