Un lieu, deux salles - Déjà 2010 !

Martin Dion dans Léon le nul, un texte de Francis Monty dans une mise en scène de Gil Champagne.
Photo: Martin Dion dans Léon le nul, un texte de Francis Monty dans une mise en scène de Gil Champagne.

En 40 ans, le Théâtre d'Aujourd'hui est passé d'une petite salle d'une centaine de places à deux, l'une de 275 sièges et l'autre, plus intime, pouvant accueillir 75 spectateurs. Le théâtre a donc pris de l'ampleur, mais la mission est toujours demeurée la même: se consacrer exclusivement à la création, à la production et à la diffusion de la dramaturgie québécoise et canadienne-française. Et, d'ici son 50e anniversaire, plusieurs projets sont dans l'air!

C'est avec l'arrivée de Jean-Claude Germain, en 1969, que le Théâtre d'Aujourd'hui a véritablement trouvé sa voie: la dramaturgie québécoise. Un choix audacieux à l'époque.

«Il faut se remettre dans le contexte, alors que la dramaturgie québécoise était à ses premiers balbutiements. Il y avait Marcel Dubé et Gratien Gélinas. Michel Tremblay commençait, mais il n'y avait pas encore de vrai corpus de pièces dans lequel on pouvait piger. C'était donc un grand défi», explique Jacques Vézina, codirecteur général et directeur administratif du Théâtre d'Aujourd'hui.

Toutefois, l'homme qui participe à la vie théâtrale depuis plus de 30 ans est encore convaincu de la pertinence de la mission de l'établissement.

«Maintenant, d'autres théâtres montent des pièces d'auteurs québécois, mais le Théâtre d'Aujourd'hui s'y consacre entièrement, quelle que soit la saison ou la mode. Cela m'apparaît assez fondamental pour les auteurs québécois.»

Le déménagement

Si, au départ, la mission du Théâtre d'Aujourd'hui semblait périlleuse, avec la multiplication des auteurs québécois de grand talent au fil des ans, elle est rapidement devenue nécessaire. Et on commençait à se sentir à l'étroit dans la petite salle de la rue Papineau. C'est Michelle Rossignol, directrice artistique de 1989 à 1998, qui a réussi à convaincre les gouvernements de déménager le Théâtre d'Aujourd'hui dans des locaux plus grands, rue Saint-Denis, en 1991.

«Pourquoi la dramaturgie québécoise ne pourrait-elle pas être jouée dans une grande salle dotée d'un équipement de qualité, alors que c'est le cas pour les oeuvres d'auteurs étrangers? Voilà ce qu'elle disait aux gouvernements», affirme Jacques Vézina.

Ce déménagement a doté le théâtre d'un atout important: une deuxième salle plus intime, qui a été nommée en l'honneur de Jean-Claude Germain.

«Jusqu'à la fin des années 90, nous nous servions beaucoup de cette salle pour les répétitions et, à l'occasion, nous la prêtions à de petites compagnies québécoises qui n'avaient pas de lieu pour se produire», ajoute-t-il.

Place à la relève!

À l'occasion du 30e anniversaire du Théâtre d'Aujourd'hui, l'arrivée de René Richard Cyr à la direction artistique a marqué un tournant. Si la mission de production d'oeuvres de la dramaturgie québécoise allait se confirmer, désormais, le Théâtre d'Aujourd'hui allait ouvrir ses portes aux autres compagnies québécoises de façon beaucoup plus marquée.

«Ce volet de notre mission a pris beaucoup d'expansion depuis quelques années. Le Théâtre d'Aujourd'hui est vraiment devenu un lieu d'accueil important à Montréal pour les auteurs de dramaturgie québécoise», se réjouit le codirecteur général, qui est d'ailleurs entré en fonction en même temps que René Richard Cyr.

Ce virage a été particulièrement important pour la relève. «Nous essayons de dégager le plus de plages possible pour eux dans la salle Jean-Claude-Germain. Généralement, ce sont six ou sept spectacles par année que nous réussissons à y présenter. La salle est bien équipée et, comme elle est située rue Saint-Denis, elle offre une visibilité importante pour les jeunes créateurs. La salle s'est fait connaître et s'est bâti une bonne réputation», indique M. Vézina, en précisant que la fréquentation des spectacles y est toujours à la hausse d'année en année.

Rénovation et agrandissement

Le développement de ce public de niche a évidemment donné des idées à la direction du Théâtre d'Aujourd'hui, qui commence déjà à penser à son 50e anniversaire. Quelques projets de rénovation et d'agrandissement sont dans l'air.

«Après bientôt 20 ans dans les mêmes locaux, quelques rénovations sont devenues nécessaires en raison de l'usure. Mais nous voulons aussi réaliser un petit projet d'agrandissement pour nous doter d'une salle de répétition afin qu'on puisse consacrer la salle Jean-Claude-Germain uniquement à l'accueil de compagnies», explique l'administrateur.

C'est la grande terrasse à l'arrière de l'immeuble qui est visée pour ces travaux d'agrandissement.

«Nous voudrions en fait couvrir la terrasse, donc il n'est pas question de trop gros travaux ou de démolition. Nous avons déposé nos projets aux différents paliers de gouvernement et, jusqu'à maintenant, nous avons de très bons échos. Évidemment, c'est toujours une question monétaire», indique M. Vézina.

L'équipe du Théâtre d'Aujourd'hui espère tout de même que ces projets évolueront rapidement et que tout sera terminé d'ici deux ans.

Tournées et coproductions

D'un point de vue artistique, maintenant, les projets ne manquent pas non plus! Très satisfaite du succès remporté entre autres par Léon le nul, qui est joué et rejoué au Québec et en France depuis trois ans, la direction du Théâtre d'Aujourd'hui compte multiplier les efforts pour développer des tournées.

«Évidemment, faire vivre un spectacle dans plusieurs villes dépend de la volonté des diffuseurs, mais nous voulons vraiment pousser pour que nos spectacles trouvent acquéreurs», précise-t-il.

Le Théâtre d'Aujourd'hui souhaite aussi faire davantage de coproductions, comme il l'a fait pour Léon le nul, avec le Théâtre Bouches Décousues et le Théâtre de la Pire Espèce. «Les coproductions avec des compagnies québécoises vont de soi et nous voulons poursuivre dans cette voie, tout en développant des coproductions à l'international, ajoute M. Vézina. En 2001, nous l'avions fait avec le Mexique pour Jean et Béatrice, de l'auteure québécoise Carole Fréchette. La pièce a été un franc succès, même au Mexique. Aussi, cette année, une pièce très importante de notre programmation, Seuls, de Wajdi Mouawad, est une coproduction avec de multiples partenaires français. Pour nous, c'est définitivement quelque chose qui fonctionne bien et que nous voulons développer.»

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Collaboratrice du Devoir