Théâtre - Une première escale remplie de promesses

Véronique Marchand dans une scène de Carnets de voyages.
Photo: Véronique Marchand dans une scène de Carnets de voyages.

Au moment même où le gouvernement Harper effectue des coupes sauvages dans les programmes permettant aux artistes canadiens de rayonner à l'étranger, la compagnie Les Deux Mondes, qui depuis plus de 30 ans parcourt la planète avec ses spectacles, ouvre sa caisse de souvenirs de voyage.

Les créateurs de L'Histoire de l'Oie et de 2191 Nuits puisent dans les images, les sons, les musiques et les textes glanés sur les cinq continents et revisitent en quelque sorte l'histoire de la compagnie et ses rencontres avec différents publics dans une exploration multimédia présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts. La première escale publique de Carnets de voyages est remplie de promesses, mais un bon élagage serait de mise afin d'en dégager les aspects les plus forts.

Selon le processus créateur habituel des Deux Mondes, cette présentation publique constitue le premier tissage des propositions du metteur en scène Daniel Meilleur, de l'auteur Normand Canac-Marquis, du concepteur sonore Michel Robidoux et du vidéaste et artiste numérique Yves Dubé autour des thèmes du voyage, du rapport à l'autre et de l'engagement. Le périple planétaire de deux comédiens, d'une débutante (Véronique Marchand) et d'un vétéran de la scène et de la tournée (Jean-François Casabonne) sert de trame narrative à cette promenade dans le temps et l'espace. La première porte bien l'angoisse et les incertitudes de la déracinée qui s'ennuie parfois de sa ville et de ses proches, alors que le second, symbolisant les 35 années de travail et d'expérimentation de la compagnie, explore davantage, et sur un ton parfois plus fantasque, le jeu physique et la danse.

La scénographie est principalement constituée de trois écrans mobiles sur lesquels sont projetés des bouts de film et des photos captés aux quatre coins du globe ainsi que des animations qui m'ont souvent paru bien superflues. C'est le cas, par exemple, lorsqu'elles se superposent aux magnifiques images des habitants des faubourgs de Kinshasa qui dansent contre la mort alors que, sur la scène, Casabonne se meut tout en récitant un texte; ces nombreux stimuli se court-circuitent davantage qu'ils ne se complètent. Par ailleurs, les simples vues, filmées par hasard, de la gare madrilène d'Atocha et des voyageurs qui s'y pressent exactement 24 heures avant les attentats du 11 mars 2004 suffisent à nous ébranler.

Bref, si la somme des matériaux iconographiques, sonores (les compositions et trouvailles de Robidoux sont particulièrement émouvantes et éloquentes) et humains réunis ici renferme un potentiel dramaturgique certain, cette première mouture de Carnets de voyages s'avère alourdie par l'abondance des propositions qui, pour l'instant, empiètent un peu les unes sur les autres. La production, porteuse d'un message humaniste enrichi par les nombreuses tournées des Deux Mondes, se bonifiera sans doute au fil du temps.

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Collaborateur du Devoir

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Carnets de voyages
Texte: Normand Canac-Marquis. Mise en scène: Daniel Meilleur. Une coproduction du théâtre
Les Deux Mondes et de la Société de la Places des Arts de Montréal, présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'au 13 septembre.

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