Théâtre - Intéressant exercice de dissection

Michel Nadeau (Louis Jouvet) et Marianne Marceau (Claudia)
Photo: Michel Nadeau (Louis Jouvet) et Marianne Marceau (Claudia)

Qu'est-ce qu'un acteur? Doit-il éprouver l'émotion du personnage pour rendre le sentiment? Comment dépasser la simple exécution technique? C'est le genre de questions qui a traversé toute la pratique de Louis Jouvet, acteur devenu professeur au Conservatoire de Paris.

Elvire Jouvet 40, c'est la célèbre pièce tirée de sept leçons qu'il a données, juste avant sa retraite forcée, à une élève nommée Claudia. Le maître aide la jeune femme à incarner Elvire, du Dom Juan de Molière, qui déclame au quatrième acte «la tirade la plus extraordinaire du théâtre classique», selon Jouvet. Que de pression pour une débutante...

Au fil de ces leçons, on décortique l'acte de jouer dans le moindre souffle ou accent tonique. C'est plus d'une dizaine de fois que Jouvet ordonne à Claudia de refaire son entrée «parce que c'est ce qu'il faut trouver, l'entrée en scène». Dans cet esprit, on la voit se tromper ou sonner faux, ce qui confère à la pièce quelques moments humoristiques et rend complice le spectateur, aussi non-acteur soit-il. On s'amuse à regarder Claudia dans une sorte de variante de la tirade du nez de la mauvaise interprétation: une fois trop mystique, une fois trop tragique, une fois trop molle dans l'interprétation, etc.

C'est en février 1940 que se déroulent ces ateliers de maître, alors que les Allemands sont aux portes de Paris. Dans ce contexte, l'importance de discourir sur la chose théâtrale pourrait sembler superflue, mais elle prend, au contraire, des allures de dernier refuge d'humanité. C'est subtilement que Lorraine Côté plante son contexte historique, avec quelques images et des jeux d'éclairage qui transmettent l'intensification des bombardements et la montée de l'antisémitisme, qui trouve son triste apogée au dernier acte.

Lui-même professeur au Conservatoire de Québec, Michel Nadeau rend bien la passion d'enseigner qu'il partage avec son personnage. Par contre, l'accent québécois qu'il maintient agace. Ne sommes-nous pas au conservatoire parisien? Irritant, aussi, de voir deux acteurs jouer les camarades de classe quasi muets de la jeune Claudia. Difficile de varier les façons d'interpréter l'ennui d'une leçon dont on n'est que l'auditeur passif... D'autant plus que dans l'un de ces rôles accessoires, on trouve un fleuron local, Hugues Frenette, qui excellait, il y a quelques mois à peine au Trident dans les bottes de Cyrano et ses 1600 vers!

L'exercice de dissection du jeu de l'acteur qu'offre Elvire Jouvet 40 est d'intérêt. On a beau avoir vu les ficelles et les astuces, on sourit de satisfaction lorsque Claudia devient enfin Elvire. Sur ce plan, la jeune Marianne Marceau, dans son premier rôle professionnel, est à saluer.

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Collaboratrice du Devoir

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Elvire Jouvet 40

Texte de Brigitte Jacques, d'après Molière et la comédie classique de Louis Jouvet. Mise en scène de Lorraine Côté. Au Théâtre Périscope jusqu'au 4 octobre.

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