Théâtre - Dire à quatre

Normand Canac-Marquis revient au théâtre Les Deux Mondes, avec Carnets de voyage.
Photo: Jacques Grenier Normand Canac-Marquis revient au théâtre Les Deux Mondes, avec Carnets de voyage.

Il y a déjà longtemps que Normand Canac-Marquis est sorti du Conservatoire (1974): depuis de nombreuses années, il écrit surtout pour la télévision et le théâtre, même s'il lui arrive encore, parfois, de jouer.

Mais voilà qu'après le remarquable Leitmotiv et aussi Mémoire vive — deux spectacles joués environ 300 fois un peu partout dans le monde bien avant les compressions que l'on sait par le triste sire que l'on sait aussi — il revient au théâtre Les Deux Mondes avec Carnets de voyage qui prenait l'affiche il y a quelques jours à peine à la Cinquième salle de la Place des Arts. Nous l'avons rencontré dans un petit café près du journal et avons parlé surtout du «défi stimulant...» que représente le fait d'écrire pour Les Deux Mondes...

Des langages parallèles

Nos lecteurs doivent d'abord se souvenir de la façon très originale de bâtir un spectacle que Daniel Meilleur, Michel Robidoux et Yves Dubé ont commencé à explorer il y a presque 20 ans avec Terre promise — quelque 600 représentations sur tous les continents! Quand tout fonctionne et dans le meilleur des cas (L'Histoire de l'oie, jouée plus de 500 fois, partout, Leitmotiv surtout), la mise en scène de Meilleur permet à la musique de Robidoux et aux images vidéo de Dubé d'illustrer, tout autant que le texte, l'histoire qu'ils racontent. Souvent, chez eux, l'idée d'un spectacle vient d'une intuition musicale ou d'une série d'images plus que d'un texte. Normand Canac-Marquis a développé beaucoup de respect pour cette façon de prendre des risques.

«C'est très singulier, très différent et très passionnant de travailler avec Les Deux Mondes, dit-il. Il y a des facteurs spécifiques qui tiennent à la personnalité de ces trois créateurs et il y a aussi que, chaque fois, la dynamique qui s'établit entre nous est différente; la construction des Carnets n'a ainsi rien à voir avec celle de Leitmotiv ou de Mémoire vive. Mais pour un auteur, c'est clair: travailler aux Deux Mondes, c'est faire partie d'un quatuor. C'est très stimulant parce que nous nous laissons imprégner par le travail de tous. Nous nous transformons en éponge! Chaque fois, il se crée une nouvelle chimie, un nouveau mélange, et il faut s'adapter à tout cela... C'est passionnant, mais je ne ferais pas cela à plein temps», conclut-il en esquissant un sourire.

Le dramaturge soulignera aussi qu'en homme de télévision et d'image, il aime bien être clair, même en tenant compte des énergies de tout le monde et qu'il n'y a aucun problème pour lui dans le fait d'éliminer un bout de texte qu'une image ou un mouvement rendra plus clair. Comme dans les productions du Maheu du temps de Carbone 14. «Quand on est sur le plateau avec Michel, Yves et Daniel, la musique, les images et la mise en scène deviennent des langages particuliers. Le spectacle qui a pris l'affiche cette semaine a ainsi acquis une ampleur considérable depuis l'amorce du travail.»

Au départ, ces Carnets devaient être une sorte de rappel des 35 ans de tournée de la compagnie qui souhaite maintenant faire plus de place à la relève, on le sait. Mais l'amalgame des quatre langages — et la présence ô combien stimulante d'un comédien de la trempe de Jean-François Casabonne sans doute — en a fait une histoire beaucoup plus complexe dessinant deux parcours parallèles, s'il faut en croire Normand Canac-Marquis.

«Je ne vous raconterai pas l'histoire, mais on retrouve deux grands thèmes dans le spectacle qui s'appuie sur le parcours opposé d'un vieux comédien [Casabonne] et d'une jeune actrice [Véronique Marchand] qui en est à sa première tournée. Le premier est celui de la vie après la vie, qui est indéniablement celle des autres qui restent, et le deuxième celui du choc entre l'évolution d'un individu et celle de la collectivité où il vit. Ça donne lieu à des situations saisissantes illustrant le fait que tout sert et que tout est utile à tous...»

Tout cela avec un bémol, toutefois. Énorme. Contrairement aux autres spectacles auxquels il a participé aux Deux Mondes, Normand Canac-Marquis ne verra pas Carnets de voyage connaître une vie aussi riche, puisque les programmes abolis par le gouvernement Harper visent précisément ce genre de spectacle et ce type de compagnie, alors que Les Deux Mondes se sont donné le mandat de faire connaître ailleurs ce qui se fait ici. Collision en vue...

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Carnets de voyage

Production du théâtre Les Deux Mondes présentée à la Cinquième salle de la PdA du 11 au 13 septembre et aux Deux Mondes en novembre. Information: % 514 593-4417.