Théâtre - Cadeau du ciel

Dans Le Paradis à la fin de vos jours, Rita Lafontaine enfile le tablier de Nana, l’un des personnages fétiches de la mythologie de Michel Tremblay.
Photo: Dans Le Paradis à la fin de vos jours, Rita Lafontaine enfile le tablier de Nana, l’un des personnages fétiches de la mythologie de Michel Tremblay.

Pièce anniversaire, écrite pour le quarantième des Belles-Soeurs, cette nouvelle création de Michel Tremblay ramène sur les planches un personnage bien-aimé de sa mythologie: l'attachante et savoureuse Nana, inspirée de sa propre mère. Un peu comme si l'auteur avait donné une suite à Encore une fois, si vous le permettez, une décennie plus tard.

Après l'avoir vu s'y envoler, on retrouve donc Nana (Rita Lafontaine, bien sûr) installée dans un paradis où elle se languit depuis 45 ans, sans même avoir rencontré l'Être suprême! Un ciel qui prend ici l'allure de rangées de chaises, suspendues jusqu'au plafond, chacune symbolisant un être — fictif ou réel — décédé. Mais si le beau décor d'Olivier Landreville me rappelle une production des Chaises, de Ionesco, la vision de l'au-delà imaginée par Tremblay est finalement fort prosaïque.

Coincée sur son siège céleste entre sa mère et sa belle-mère, la colorée Nana égrène des souvenirs simples avec humour et le franc-parler qu'on lui connaît. Ce beau personnage possède l'art de grossir, de théâtraliser des événements somme toute souvent banaux. Mais aussi d'évoquer avec pudeur de véritables drames, comme la mort précoce de deux enfants. Nana se livre aussi à une révision, gentiment iconoclaste, des mensonges à l'eau bénite dont on l'avait abreuvée, confrontant cette représentation naïve à la «réalité». En émerge une vision critique de l'Église catholique de son époque — dont l'anecdote sur la dîme se révèle être la plus forte. Mais il faut avouer qu'il n'y a plus grande transgression, aujourd'hui, à critiquer le clergé...

Pièce plutôt à l'enseigne de la nostalgie, du bilan, Le Paradis à la fin de vos jours relève donc d'un contexte bien spécifique. Le texte lance des clins d'oeil aux Belles-Soeurs (extrait sonore à l'appui), à Yvette Brind'Amour, cofondatrice du Rideau Vert, aux actrices des radioromans d'antan... Il fait directement référence au succès de cette première pièce, qui avait causé une petite révolution dans le théâtre québécois: Tremblay met dans la bouche de l'alter ego de sa mère un sentiment de fierté, et même une sorte de regret («J'avais eu tort de ne pas lui faire confiance»)...

Le Paradis à la fin de vos jours est aussi une offrande pour l'actrice fétiche de Michel Tremblay, à laquelle le spectacle mis en scène par Frédéric Blanchette laisse toute la place. Imposant sa forte présence, Rita Lafontaine s'est totalement approprié la verve et la chaleureuse humanité de la truculente Nana.

Cette pièce un peu décousue, à l'humour bon enfant, n'a pas la force d'Encore une fois..., qui rendait déjà hommage, si magnifiquement, à la figure maternelle. On peut regretter qu'elle n'ajoute pas grand-chose à l'oeuvre gigantesque de Michel Tremblay (ceux qui ont vu Contes urbains l'hiver dernier reconnaîtront d'ailleurs le monologue, drôle mais plutôt anodin, sur l'ange de Noël). Sinon le plaisir de retrouver un personnage irrésistible, que l'auteur offre encore une fois à notre affection, comme un cadeau.

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Collaboratrice du Devoir

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Le Paradis à la fin de vos jours

Texte de Michel Tremblay. Mise en scène de Frédéric Blanchette. Au Théâtre du Rideau vert, jusqu'au 6 septembre.