Théâtre - L'amour à 30 ans

Une scène de la pièce La Corde au cou. Photo: François Larivière
Photo: Une scène de la pièce La Corde au cou. Photo: François Larivière

Sauf erreur, les théâtres qui prennent le pari de la création pour leurs divertissements estivaux se font assez rares. C'est pourquoi on embarque volontiers dans le voyage annuel du Petit Théâtre DuNord. L'an dernier, la compagnie — qui a depuis déménagé ses pénates à Blainville — avait présenté le rafraîchissant Semi-détaché, trois minipièces dont un amusant et pertinent segment signé par Fanny Britt. L'auteure de Couche avec moi (c'est l'hiver) est de retour avec une comédie romantique sans prétention.

La Corde au cou met en scène des personnages dans la mi-trentaine, confrontés à la possible faillite de leurs rêves de jeunesse. D'une naïveté confondante pour une trentenaire contemporaine, la très superstitieuse Julie (Louise Cardinal) s'apprête fébrilement à convoler avec un garçon sympathique mais maladroit (attachant Félix Beaulieu-Duchesneau). Pour l'occasion, ses deux amies d'enfances, qui ont choisi des vies en apparence très dissemblables, rentrent au bercail. Toujours célibataire, Sissi (Julie Ménard) poursuit une carrière à la télévision américaine. Mais, en vérité, elle n'a jamais oublié son béguin d'adolescence, François (Luc Bourgeois), qu'elle retrouve ici dans la peau du garçon d'honneur...

À côté de ses deux copines encore éprises d'un idéal romantique (et qui semblent ne guère avoir mûri depuis l'adolescence), Marie, la mère de famille organisée, incarne en quelque sorte la vision réaliste de l'amour et du couple. Celle qui, jeune, rêvait de liberté introduit le facteur réalité en parlant de son mari toujours en voyage et de ses trois enfants mettant la pagaille dans la maisonnée... Son humour terre à terre, bien rendu par Stéphanie Blais, apporte un contraste intéressant.

La Corde au cou n'est pas destinée aux spectateurs en quête de rigolade à se taper sur les cuisses. C'est une gentille comédie qui fait sourire, basée sur les relations humaines plutôt que sur la mécanique du rire. Dans un décor campagnard bucolique, le spectacle noue pourtant quelques quiproquos et situations cocasses.

Pleines d'un malaise palpable, les scènes mettant en présence les personnages bien campés par Luc Bourgeois et Julie Ménard comptent parmi les meilleures. Les anxieux François et Sissi ont en effet tendance à souffrir d'incontinence verbale, à répandre leurs angoisses et à se caler davantage chaque fois qu'ils ouvrent la bouche. Quelques flash-backs — un peu cucul, il faut bien le dire — nous transportant vingt ans plus tôt expliquent le malentendu qui met un obstacle entre les tourtereaux potentiels.

Même si quelques touches d'auteur ici et là (les remarques savantes sur la traduction, drôles parce que déplacées, par exemple) la distinguent, la comédie de Fanny Britt demeure d'une légèreté toute saisonnière, avec la fin heureuse de rigueur. Elle offre cependant un regard, affectueux mais moqueur, sur des personnages féminins névrosés à souhait, saisis dans leurs contradictions.

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Collaboratrice du Devoir

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La Corde au cou

Texte de Fanny Britt. Mise en scène de Sébastien Gauthier. Au Centre communautaire de Blainville, jusqu'au 23 août.