Festival TransAmériques - La mondialisation à échelle humaine

Unique dans son créneau à Montréal, Porte Parole fait un travail important. Depuis 10 ans, cette compagnie de théâtre documentaire aborde de front des sujets d'actualité. Après le système de soins (Santé!) ou les élections (Novembre), il était naturel que la délocalisation des manufactures vienne dans sa mire. Créé au Festival TransAmériques, Import/Export se penche sur l'industrie textile québécoise, frappée de plein fouet par la mondialisation.

La pièce suit le destin d'une entreprise de vêtements qui décide de transférer en Chine ses opérations de confection, laissant 250 travailleurs d'ici sur le carreau. Le spectacle met en scène les différents acteurs de cette transition — propriétaire, cadres, ouvrières chinoises et québécoises. On suit notamment les efforts d'Isolde qui, après des années de loyaux services, doit se trouver un nouvel emploi.

Pénétrer dans ce secteur en crise n'a pas été facile pour l'auteure et directrice de Porte Parole. Annabel Soutar intègre ses difficiles démarches pour se faire admettre au sein de l'entreprise A2Z (nom fictif) à la trame même du spectacle. Encore plus ardu pour cette «intruse»: dénicher l'usine chinoise ayant bénéficié du transfert.

En outre, le spectacle documente aussi les difficultés de l'entreprise théâtrale elle-même, les acteurs interrompant parfois la pièce en cours pour partager leurs questionnements. Histoire d'introduire, j'imagine, une distanciation, malgré la base véridique du matériel...

À noter qu'Import/Export s'adresse aux spectateurs bilingues: reproduisant le verbatim des entrevues conduites, la pièce comporte beaucoup d'anglais — la langue des patrons! Et un peu de cantonais et de mandarin. Avec quatre langues sur scène, des tableaux sur deux continents et des apartés extra-théâtraux, pas surprenant qu'elle laisse parfois une impression d'éparpillement. Ou qu'il soit occasionnellement un peu difficile de s'y retrouver.

Porte Parole aborde pourtant ce sujet économique complexe avec une bonne dose de ludisme et d'humour. Pour dynamiser le texte, l'auteure croise des monologues. Sa mise en scène joue avec assez d'ingéniosité avec des mannequins et des chariots mobiles, servant à loisir de supports à vêtements et d'éléments de décor.

La distribution bigarrée (Danielle Desormeaux, Alex Ivanovici, Danette Mackay, Bonnie Mak, David Schaap et Lu Ye) montre beaucoup de souplesse, devant changer régulièrement de rôles, de langues et d'accents. Même s'ils demeurent souvent des silhouettes, les nombreux personnages imposent une personnalité distincte. Que ce soit Henri Massé (!) ou une fonctionnaire d'Emploi-Québec, reproduisant alors le typique langage d'un bureaucrate s'adressant à sa clientèle...

En portant sur scène un tel éventail humain, Import/Export rapproche et confronte les opinions. Comme cette Québécoise licenciée qui, par la magie du montage, interroge une travailleuse chinoise sur ses conditions de vie.

Je ne suis pas sûre qu'on en sorte avec une meilleure connaissance des mécanismes de la délocalisation. Mais la pièce donne une incarnation humaine à un sujet qu'on ne connaît souvent que par les médias. Et en étalant des points de vue divergents, elle donne au spectateur l'espace nécessaire pour forger sa propre idée.

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Collaboratrice du Devoir