Burlesque: rire de bon corps

Photo : Robert Etcheverry
La famille Branchée, composée de Bryan Morneau, Sylvie Moreau, François Papineau et Francine Alepin. Burlesque, qui se déroule en plein déménagement, nous remet dans le visage notre propre dépendance aux trop nombreux ob
Photo: Photo : Robert Etcheverry La famille Branchée, composée de Bryan Morneau, Sylvie Moreau, François Papineau et Francine Alepin. Burlesque, qui se déroule en plein déménagement, nous remet dans le visage notre propre dépendance aux trop nombreux ob

Le grand chaos du 1er juillet, fête nationale du déménagement, constitue un peu la version québécoise du mythe de Sisyphe: une éreintante entreprise toujours à recommencer. Les rituels de l'empaquetage et du dépaquetage ainsi que la cohue qui les entoure servent de bases au nouveau spectacle de la compagnie Omnibus qui célèbre (avec deux mois d'avance) toute l'absurdité de cette date fatidique grâce à Burlesque. Ce spectacle collectif, qui clôt la saison régulière d'Espace Libre, résulte d'un travail d'improvisation sur le rapport acteur-objet: on assiste ici à un joyeux bordel qui, malgré plusieurs longueurs, cache en son fouillis une surprenante cohérence.

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Burlesque
Maîtrise d'oeuvre : Jean Asselin.
Une production d'Omnibus présentée à l'Espace Libre jusqu'au 24 mai.
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La famille Patate (Jean Asselin, Guillermina Kerwin, Réal Bossé et Catherine Asselin-Boulanger) se la coule douce en cette belle journée d'été. L'arrivée en trombe (et en camionnette) de la famille Branchée (Francine Alepin, Sylvie Moreau, François Papineau et Bryan Morneau) va rappeler aux Patate que le moment de rassembler leurs trésors et de quitter leurs pénates est arrivé. Durant cette étrange cohabitation où le langage parlé est réduit à un niveau accessoire, toutes les possessions des deux clans, une panoplie quasi infinie de vêtements, de boîtes, de poupées, d'outils et autres matériaux de toutes sortes, seront exploitées par les interprètes afin d'en tirer tous les effets comiques possibles, du plus grinçant au plus poétique.

Burlesque se déploie donc comme une succession de plusieurs dizaines (voire centaines?) de pitreries où corps et matière se jouent l'un de l'autre. En constatant les degrés d'intérêt et d'efficacité variables des différentes scènes et des gags, on se demande d'abord si la représentation ne s'étire pas inutilement. Une sélection des meilleures trouvailles (comme l'hilarant duel entre Papineau et son escabeau) aurait constitué une redoutable machine à faire rire tout en permettant de couper un peu dans la bonne centaine de minutes que dure le spectacle. De plus, les huit comédiens s'activent régulièrement en même temps dans l'espace, seuls ou en duo, ce qui force le spectateur à choisir où il portera son attention et donc à négliger certaines prouesses.

Pourtant, en y repensant bien, cette logique du «rien-à-jeter» correspond tout à fait à la double nature du projet initial. Par la présentation et donc la mise à l'épreuve sur le public des résultats d'une expérimentation, la troupe reste fidèle à son esprit de recherche. De plus, cette accumulation de drôleries structurée selon le modèle du grand capharnaüm qu'est le déménagement nous remet dans le visage notre propre dépendance aux trop nombreux objets qui finissent par prendre le contrôle de nos existences au point que nous ne pouvons plus nous passer de rien.

On trouvera en Burlesque une autre manifestation de l'esprit généreux et ludique d'Omnibus, qui a réuni pour cette production trois «générations» de collaborateurs autour d'une exploration sérieuse et assez fascinante sur le rire. De l'ensemble émane également cette joie théâtrale et cet esprit familial que sait toujours insuffler l'infatigable Jean Asselin, cofondateur et directeur artistique de la compagnie, à des projets aussi disparates que les récents L'Histoire lamentable de Titus (2005) et L'amour est un opéra muet (2007).

Collaborateur du Devoir