Théâtre - Des histoires anciennes

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COUPLES
Texte et mise en scène : Frédéric Blanchette. Au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 19 avril.
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Comme un gouvernement qui répugne à trop faire de promesses, le Théâtre ni plus ni moins, fondé par les acteurs Anne-Catherine Toupin, François Létourneau et Frédéric Blanchette, s'est fixé des objectifs modestes. Le dossier de presse rappelle à cet égard que la mission de la compagnie se limite à vouloir «raconter une histoire à un public» tout en s'assurant de présenter au public un «théâtre captivant, pertinent, divertissant». De ce point de vue, Couples, qui rencontre beaucoup de succès en ce moment à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, se révèle fidèle à ce mandat, à un critère près, celui de la pertinence, si l'on entend ce mot dans le sens de problème actuel et important.

L'auteur dramatique et metteur en scène Frédéric Blanchette reprend ici la formule de Pour faire une histoire courte, un spectacle antérieur de la compagnie. À la manière d'un recueil de nouvelles, Blanchette y enfilait les pièces brèves avec un bon sens du rythme et de la tombée. Ces qualités sont encore présentes dans Couples, mais les pointes satiriques m'ont paru moins aiguisées, assez consensuelles. Et surtout, cette langue dramatique a perdu la sinuosité et le mystère qui, auparavant, l'empêchaient de sombrer dans un absurde convenu ou la facilité. En clair, on est plus près de la saynète, de l'anecdote et des personnages très typés que de la critique sociale dont l'auteur s'était approché dans Le Périmètre.

À défaut d'être profond, Couples est souvent amusant, voire franchement comique. Comme habitude, Blanchette dirige adroitement ses acteurs et il sait bien s'entourer. Un lieu passe-partout, sorte de demi-sous-sol avec revêtement de briques blanches, où traînent un téléviseur, un magnétophone et quelques boîtes de carton, confère le cachet de vérité nécessaire à des situations un peu anciennes. Dans la liste, on retrouve ainsi: la vente sous pression d'un «char», le retour du conscrit, un mari piégé par ses mensonges, un autre, par son sens de l'humour, le premier party d'une reject, une amitié détruite par l'arrivée d'une nouvelle blonde, etc. Rien pour dépayser les spectateurs qui ne se formalisent pas pour autant d'assister à des histoires d'un autre âge.

Au contraire, le public retrouve avec plaisir sur scène des acteurs qu'il a appris à aimer au petit écran. Au reste, la minuscule salle Jean-Claude Germain leur permet de les voir de tout près. Les quatre sont très bons et, sauf exception, ne soulignent pas trop les lourdeurs de certains sketches. Comme il se doit, chacun a droit à ses quinze minutes de gloire, sinon davantage. Ainsi, l'intensité de Denis Bernard éclate, qu'il incarne un vendeur terriblement rusé ou encore un mari qui s'empêtre dans ses mensonges. Une fois de plus, les gars peu sûrs d'eux et maladroits échoient à Steve Laplante.

Mais il étonne aussi en amateur d'humour gras ou en gars qui ne pense qu'à la nourriture, alors que sa copine est tout à fait ailleurs. Marie-Hélène Thibault se montre aussi très polyvalente, jouant tour à tour les amantes fougueuses, les épouses crédules et une panoplie d'adolescentes emportées et affublées de perruques rigolotes. La palme de la soirée revient cependant à Catherine-Anne Toupin en nunuche à lunettes constamment prise à partie, lors d'une «danse», par des inconnues qui se confessent à elle de leurs démêlés avec les garçons.

Collaborateur du Devoir