Simplicité volontaire

«Je me trouve superchanceux de faire de la création. Être le premier à plonger dans un texte, c’est quand même un privilège», avoue Steve Laplante, qui s’apprête à interpréter une dizaine de personnages dans Couples, de Frédéric Blanchett
Photo: Pascal Ratthé «Je me trouve superchanceux de faire de la création. Être le premier à plonger dans un texte, c’est quand même un privilège», avoue Steve Laplante, qui s’apprête à interpréter une dizaine de personnages dans Couples, de Frédéric Blanchett

Dans un monde qui tend à confondre la célébrité et le métier d'acteur, Steve Laplante mène une carrière qu'on pourrait qualifier de discrète. On le voit un peu au cinéma (un petit rôle dans La Ligne brisée), un peu plus à la télé (son personnage de Guillaume, le comptable de l'agence dans la série Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin, devrait prendre plus d'importance au cours de la troisième saison). Mais c'est surtout sur scène qu'il fait sa marque. Mine de rien, le voilà qui enfile un second rôle important après Les Mondes possibles en janvier.

Le comédien aimerait bien sûr jouer davantage, décrocher un gros rôle sur grand écran. Mais, somme toute, son solide parcours ressemble peut-être à ce garçon sans prétention. Pas son genre, l'esbroufe. Son jeu se distingue par l'économie de moyens, la simplicité. La remarque lui fait plaisir. «J'essaie d'être le plus vrai possible et on dirait que pour moi ça passe par la simplicité. De plus en plus. Je pense que c'est par là qu'on arrive à toucher le plus les gens. Je tente de ne pas trop en faire. C'est peut-être parce que j'ai joué beaucoup dans les petits théâtres comme La Licorne: on lève un sourcil et ça paraît! Il y a quelque chose là qui appelle une vérité.»

Question intimité, le comédien sera bien servi à la lilliputienne salle Jean-Claude-Germain, où il s'apprête à interpréter une dizaine de personnages dans Couples. À l'image de son premier texte, Pour faire une histoire courte..., cette création de Frédéric Blanchette enfile une série de très courtes pièces. Particularité: les scènes tournent toutes autour de couples, «tous plus dysfonctionnels les uns que les autres», précise Steve Laplante, qui qualifie l'oeuvre de «franche comédie». «Parfois on part complètement dans le slapstick, le burlesque. C'est complètement absurde. La comédie vient beaucoup des mensonges des personnages, de comment ils trafiquent la vérité, tout ce qu'ils ne disent pas à l'autre.»

Inutile de dire que la distribution — qui compte aussi Denis Bernard, Marie-Hélène Thibault et Catherine-Anne Toupin — s'amuse ferme en répétition. Ce qui n'empêche pas la rigueur exigée par cette théâtralité reposant sur les situations plutôt que sur les personnages. «Avec Fred [Blanchette], il ne faut jamais jouer le gag. On part de la situation et on en joue le drame. Mais son écriture est tellement absurde que ça finit par décoller tout seul. Le défi est là aussi: ne pas perdre la sincérité. Comme l'écriture est grosse, c'est facile d'en mettre plus. Il faut rester sur la situation parce que, aussitôt qu'on se met à appuyer trop, ce n'est plus drôle, ça devient lourd. C'est très fin comme ligne.»

Steve Laplante, qui était de l'équipe qui a créé Pour faire une histoire courte... en 2002 (qu'il reprendra d'ailleurs l'été prochain au Théâtre des Grands Chênes à Kingsey Falls), aime beaucoup cette écriture «très syncopée». Il goûte aussi tout particulièrement ce type de théâtre qui place l'histoire au centre, où l'acteur se met au service et non pas en avant du récit. Une préférence partagée par les comédiens qu'il côtoie: «Je ne sais pas si c'est parce que, à un moment, on est allé trop loin de l'autre côté.»

Dans un théâtre plus esthétisant? Le comédien ajoute que ce genre de spectacle doit aussi exister en parallèle. «Mais j'aime quand toute une équipe sert un texte. Et qu'on ne vient pas voir la mise en scène d'un tel avec sa relecture. On vient assister à une histoire. Moi, j'aime les mises en scène humbles. Simples. Couples, c'est un petit show simple. Et on focalise sur ce qui, à mon sens, est l'essentiel: le texte. Ce qu'on raconte au public.»

Un parcours unplugged

Le hasard a voulu que son parcours d'interprète soit d'ailleurs surtout semé de petits spectacles et de créations. «Je me trouve superchanceux de faire de la création. Être le premier à plonger dans un texte, c'est quand même un privilège.» Il y a un an, son jeu dans Coma unplugged (Masque 2007 de la production Montréal) lui a valu une visibilité accrue — et quelques propositions. «Au début, je pensais que le personnage n'était pas pour moi. C'était la première fois que ce n'était pas un rôle de jeune garçon en crise identitaire. C'était un homme qui était rendu plus loin que les rôles que je faisais avant.»

Cynique à temps partiel (ses deux enfants l'obligent à mettre la pédale douce!), le comédien a pris plaisir à pousser le plus loin possible le détachement ironique du protagoniste. «Ça m'attire beaucoup, le cynisme, admet-il. J'y suis bien. Je sais qu'il y a une campagne anticynisme, et je le comprends tout à fait. Je ne dis pas que c'est pratique tout le temps. Sauf que pour moi, c'est quand même une façon de s'exprimer qui est très forte. Ça permet d'avoir un recul, un angle à la fois clair et souvent plein de sous-textes pour expliquer une situation. C'est ce que je trouve intéressant.»



En confiance

Révélé par le monumental Littoral en 1997, Steve Laplante a amorcé sa carrière en incarnant rien de moins que l'alter ego de Wajdi Mouawad dans quelques spectacles. Rencontré à l'École nationale de théâtre, l'auteur de Rêves l'a choisi, croit-il, pour son image de «gars ordinaire». «C'est arrivé quelques fois que je joue le personnage dans lequel l'auteur se projetait davantage, l'espèce de "straight man".»

L'extraordinaire aventure de Littoral a duré quatre ans et aura été très formatrice, notamment par son absence de décor. «On n'avait rien sur quoi s'appuyer. J'ai appris à habiter la scène, à habiter mon corps.»

Au fil des ans, le comédien a développé une confiance qui lui faisait d'abord défaut. «Je partais peut-être de plus loin qu'un autre. Je ne venais pas du tout d'une famille d'artistes, c'était un milieu que je découvrais, alors j'ai été longtemps à me demander si j'y étais à ma place. Graduellement, j'ai arrêté de me poser des questions: suis-je un acteur ou un imposteur? C'est fatigant à traîner. À force d'expérience, tu finis par répondre: oui, je suis à ma place!»

Le doute, lui, ne part jamais. «C'est un moteur intéressant, qui t'amène à remettre en question les choses. On n'arrête jamais d'apprendre dans ce métier.»

Collaboratrice du Devoir

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COUPLES

Texte et mise en scène de Frédéric Blanchette. Une production du Théâtre Ni Plus Ni Moins, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, du 1er au 19 avril.