Théâtre - Le coup de poing du destin

Divinity bash pour cet uppercut du destin qu'ont reçu les personnages? Et Nine lives pour neuf acteurs jouant dix personnages ou pour les supposées nombreuses vies du chat que les persécuteurs de cet animal aiment croire invincible? Cette fresque citadine d'un jeune auteur originaire de l'île du Cap-Breton met en scène une dizaine de personnages évoluant dans un décor fait de plusieurs cubes qui forment un mur en angle suggérant un coin de rue. Ces cubes, un sofa-lit, un bureau et quelques fauteuils sont déplacés à vue par les acteurs selon les besoins des différentes scènes, en général brèves, qui forment la pièce et se succèdent à un rythme soutenu.

L'action se déroule dans le quartier défavorisé d'une grande ville, zone-refuge pour les marginaux de tout poil largués par une société qui carbure à l'efficacité. Toxicomanes, prostitués et travestis, décrocheurs, paumés, petits truands et chômeurs forment une communauté parallèle dans laquelle les spectateurs entrent en même temps qu'Albert fait connaissance avec elle. Joué par Alexandre Ivanovici (un acteur-vedette de la frange théâtrale anglophone), Albert personnifie le jeune cadre dynamique type que son employeur vient de mettre à pied et qui se trouve soudain réduit à faire la manche dans un quartier mal famé, abritant cette faune décadente présentée, au demeurant, de façon plus sympathique que rébarbative.


Un entracte qui brise sa cadence fait paraître le spectacle un peu long. En deuxième partie surtout, la matière dramatique foisonnante est organisée de façon plus laborieuse. Mais l'ironie pimentée et parfois désespérée qui se dégage de l'ensemble nourrit l'attention des spectateurs et compense l'exhibitionnisme appuyé de certaines scènes (qui font «numéros») et le ton un brin sentencieux qui se dégage du texte par moments.


Brydan MacDonald se révèle un excellent dialoguiste et campe intelligemment ses personnages. Evangeline, une vieille clocharde incarnée par Bronwen Mantel, et la jeune Myrna (Sarah Carlsen), qui a su recycler son désoeuvrement pour ouvrir une friperie, par exemple, mériteraient une pièce à elles seules. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec le versant expérimental du théâtre anglophone montréalais découvriront neuf solides interprètes qui forment une équipe au sein de laquelle on sent une cohésion qui rend crédible l'univers proposé par la pièce. Dramaturge et metteur en scène, Brydan MacDonald est un homme de théâtre dont il importe de suivre le développement.