Théâtre - Pleins feux sur les auteurs

Photo: Gilbert Duclos
Anne-Marie Cadieux dans Plan américain
Photo: Photo: Gilbert Duclos Anne-Marie Cadieux dans Plan américain

Deux grosses pointures de la littérature dramatique de leur coin de pays, Normand Chaurette et John Mighton, en mènent large sur les scènes montréalaises cet hiver.

La mort en direct

Normand Chaurette n'avait pas donné de nouvelle pièce à la scène depuis Le Petit Köchel il y a sept ans. Il s'y résout enfin avec Ce qui meurt en dernier, où il évoque la rencontre de Jack l'éventreur et d'une comtesse empruntée à Wedekind (Lulu). Denis Marleau met en scène ce drame post-expressionniste, qui ne passe pas inaperçu en ce moment à l'Espace Go puisque la tragédienne Christiane Pasquier y partage la vedette avec l'éternel pigiste Pier Paquette. Comme un bonheur arrive rarement seul, l'Espace libre accueille également, à compter du 28 février, une production outaouaise de La Société de Métis, du même Chaurette.

Pour ce qui est de John Mighton, l'un des auteurs dramatiques canadiens les plus en vue, ses Mondes possibles sont réexaminés au Prospero au moment où j'écris ces lignes. Une metteure en scène toute fraîche émoulue de l'École nationale de théâtre, Arianna Bardesono, y dirige des acteurs aussi doués que Steve Laplante et Paul Ahmarani. Par ailleurs, le Centaur recevra, dans une dizaine de jours, Half-Life, pièce plus récente de John Mighton. Cette production avait été présentée avec succès au FTA, lorsque l'événement portait encore le nom de Festival de théâtre des Amériques. La mémoire défaillante est au coeur de ce drame émouvant et délicat, porté par des acteurs sensibles du Canada anglais qui y sont dirigés avec doigté par le réputé metteur en scène torontois Daniel Brooks.

La famille et le couple, d'abord

En 2008, la présence d'Évelyne de la Chenelière ne se dément pas non plus sur nos scènes. L'auteure dramatique cosigne avec son compagnon, Daniel Brière, Le Plan américain, dont les représentations sont déjà commencées à l'Espace libre, tandis que leur Bashir Lazhar (elle, à la plume; lui, à la mise en scène) passe en coup de vent au Théâtre de la Ville (Longueuil) les 1er et 2 mars. Un autre couple est incontournable sur nos planches cet hiver: celui d'Anne-Catherine Toupin et de Frédéric Blanchette. Non seulement ce dernier met en scène le spectacle de son ex-blonde (À présent) à La Licorne en janvier et le sien au Théâtre d'Aujourdhui (Couples) en avril, mais il dirige aussi Louise Marleau et Gilbert Sicotte dans Les Grandes Occasions de Bernard Slade au Rideau vert en février.

Le comédien et auteur Alexis Martin ne se fait pas oublier non plus. Fin mars, il plonge dans la médecine d'urgence à l'Espace libre par l'intermédiaire de Sacré Coeur, qu'il a coécrit avec le docteur Vadeboncoeur, fils du célèbre essayiste. Une semaine plus tard, l'incursion de Martin dans le fantastique, Oreille, tigre et bruit, a droit à une deuxième vie au Théâtre d'Aujourd'hui, sous la houlette de Daniel Brière qui, tant qu'à faire, se paie une distribution toute neuve!

L'imagination au pouvoir

Si elle s'est fait moins attendre que Chaurette, l'auteure du Collier d'Hélène connaît rien de moins que la consécration cet hiver. En effet, Carole Fréchette voit sa pièce La Petite Pièce en haut de l'escalier créée le 4 mars au Théâtre du Nouveau Monde. Espérons simplement que ce titre aux allures de conte de fées lui portera chance. La directrice du TNM, Lorraine Pintal, s'est réservé la réalisation de ce texte et a fait appel aux actrices belles et bonnes que sont Isabelle Blais, Julie Perreault et Louise Turcot pour l'occasion. Dans ce théâtre, il s'agira d'une deuxième création de suite. L'autre, Élizabeth, roi d'Angleterre, de l'inventif romancier canadien-anglais Timothy Findley, y débute à peine. Sauf erreur, c'est la première fois qu'une oeuvre dramatique de Findley est montée en français à Montréal.

Artiste tout aussi délirant, Larry Tremblay remet entre les mains de Claude Poissant son Abraham Lincoln va au théâtre. Le directeur du PàP2 avait réalisé une mise en scène tellement bonne du Ventriloque en 2001 que les attentes sont élevées pour cette comédie dramatique qui s'ouvre à l'Espace Go le 22 avril. Le même jour, La vie continue d'Yvan Bienvenue prend l'affiche du Prospero. On lui souhaite un meilleur sort que Laine sans mouton, la dernière production du TOF, que Martin Desgagné avait aussi dirigée au même endroit. Bienvenue a aussi écrit un des cinq monologues qu'interprète France Arbour dans Je vous souhaite de passer une bonne soirée, qu'elle donne à La Petite Licorne à compter du 27 janvier.

Paroles, paroles, paroles

Après le succès de L'Énéide, Olivier Kemeid nous offre Bachannale, autre titre fleurant bon l'Antiquité, le 19 février, au Théâtre d'Aujourd'hui. De plus, cette maison accueille en ce moment même Santiago d'Hélène Robitaille, qui a déjà fait ses preuves dans la Vieille Capitale. En outre, Roland, d'Olivier Ducas, sera présenté dans la petite salle de ce théâtre en mai. Le Théâtre de la Pire Espèce y proposera ce héros du Moyen Âge en alternance avec Persée, qui s'est illustré dans l'Antiquité. À n'en pas douter, les deux pièces formeront un diptyque sympathique servi par de joyeux garnements abonnés au théâtre d'objet. Non moins aventureuse, Brigitte Poupart intrigue avec son projet, Le jour où l'autre..., dans lequel elle joue aux côtés de Monique Mercure et de Béatrice Bonafissi, la chanteuse des Triplettes de Belleville. Ce trio insolite se produira à l'Espace Go à compter du 15 février.

Sur le flanc expérimental, avec Burlesque, les mimes Omnibus veilleront certes à nous dérider à partir du 29 avril. Le Théâtre Il va sans dire est aussi de retour très bientôt à la Cinquième salle de la Place des Arts, mais sans Dominic Champagne, son âme dirigeante. En son absence, Marc Béland signera la mise en scène du Fou de Dieu, pièce écrite par le comédien Stéphane Brûlotte. À tout le moins, le thème a l'air très actuel. Les fans des Éternels Pigistes devront patienter jusqu'au 13 mai avant de découvrir à La Licorne Pi...?, leur nouvelle création. Cette fois, le texte ne sera plus assuré par Pierre-Michel Tremblay, mais par Christian Bégin. Marie Charlebois continue néanmoins à diriger ses camarades, comme elle l'avait fait pour Le Rire de la mer et Mille-feuilles.

Bien entendu, cette liste n'est pas exhaustive, puisque des lieux moins fréquentés, comme l'Espace Geordie (Suprême de luxe), le Théâtre La Chapelle (Passages), le Bain Saint-Michel (Bricolages pour femmes et ours polaire) ou encore La Petite Licorne (Les Boxeuses) donnent la parole à de nouvelles voix. Le moment venu, l'équipe théâtre du Devoir vous en dira plus sur ces manifestations que nous continuerons à suivre de près pour vous.

Collaborateur du Devoir

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