Hantée par les mondes parallèles de John Mighton...

Arianna Bardesono signe le troisième spectacle de la saison d’itinérance du Quat’Sous, Les Mondes possibles de John Mighton.
Photo: Pascal Ratthé Arianna Bardesono signe le troisième spectacle de la saison d’itinérance du Quat’Sous, Les Mondes possibles de John Mighton.

C'est à la suite d'une histoire d'amour qu'Arianna Bardesono est passée par la Nouvelle-Écosse, plus précisément par Halifax, et par le théâtre de marionnettes du Mermaid Theatre avant d'aboutir à la National Theatre School of Canada, rue Saint-Denis, à Montréal. À peine quelques années plus tard, voilà maintenant qu'elle signe (en français bien sûr) le troisième spectacle de la saison d'itinérance du Quat'Sous, Les Mondes possibles de John Mighton (voir www.quatsous.com/0708/htlm). Beaucoup de chemin parcouru en peu de temps pour cette jeune metteure en scène d'origine italienne que la rumeur dit bourrée de talent.

J'ai eu le plaisir de la rencontrer à quelques jours de Noël, dans le petit café à l'étage du Prospero...

Une enquête

Avant même de parler du mathématicien-dramaturge qu'est John Mighton, il est difficile de ne pas demander à la jeune femme de m'expliquer pourquoi elle a fait l'École nationale en anglais alors qu'elle se débrouille beaucoup plus que fort bien en

français...

«C'est un simple concours de circonstances qui m'a menée là: je ne savais même pas que l'École avait un volet francophone puisque ce sont mes copins du Mermaid qui m'en ont parlé. Je ne savais d'ailleurs même pas que l'École existait et, quand je l'ai su, j'ai tout de suite voulu m'y inscrire; ce n'est qu'une fois ici que j'en ai constaté la richesse... et que l'on a accepté de me laisser faire la dernière étape de ma formation en français. Je travaille dans les deux langues, mais j'avoue avoir plus d'affinités avec la façon de travailler plus européenne des francophones... »

C'est dit! Et là-dessus, nous passons à Mighton. Un personnage fascinant, un mathématicien ontarien qui a aussi enseigné la philosophie, qui s'amuse ici à faire référence aux théories de la physique quantique et dont tous les directeurs de théâtre anglophones de la planète s'arrachent les pièces, après Robert Lepage qui lui a fait un film, on le sait, du texte que monte Arianna Bardesono au Prospero. C'est elle qui poursuit.

«Les Mondes possibles est une pièce "anormale", impossible. C'est à la fois un thriller, un roman d'amour et une histoire de science-fiction! Cela raconte en fait les vies parallèles dans lesquelles se voit plongé George, où il rencontre régulièrement une femme, Joyce: lui est conscient de passer d'un monde à l'autre; elle, non. Ajoutez à cela deux policiers qui enquêtent sur un meurtre et un docteur un peu étrange... et vous en arrivez comme les personnages à vous demander qui est qui et ce qu'est la réalité... C'est une pièce métaphysique, disons-le! Quand on en sort, on ne peut que se demander qui on est vraiment, si l'âme existe et s'il y a une vie après la mort. C'est un déroutant voyage à l'intérieur de l'âme et du cerveau humain. Un voyage dans ce que l'humain a de plus humain... »

Cette tendance à mêler science et théologie semble beaucoup stimuler Mighton qui, selon la metteure en scène, «structure sa pièce comme une véritable enquête, un pur produit des mathématiques»; à Toronto, souligne-t-elle encore, on a monté la pièce comme un thriller... Cette enquête, elle sera menée à plusieurs niveaux (entre autres par les policiers), et dans sa mise en scène Bardesono a été amenée à travailler sur la fluidité pour que le public s'y retrouve, dans ces passages constants d'un monde à l'autre, et qu'il continue à s'interroger à la sortie du spectacle.

Cette mise en relief de la fragmentation des êtres est du moins une fort belle façon d'entrer par la grande porte du devant. Bienvenue, Arianna Bardesono: on vous attendait.

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