Théâtre - Pièces d'identité

Thème au goût du jour, omniprésent dans le débat public — et particulièrement politique —, l'identité est aussi au coeur de plusieurs oeuvres de Larry Tremblay. Mais dans Le problème avec moi, composé de deux courtes pièces complémentaires, le trouble identitaire, existentiel, est traité plutôt sur le mode loufoque.

Omnibus offre ici un spectacle ludique, servi par les ambiances cohésives créées par la scénographie d'Anik La Bissonnière, les éclairages de Martin Gagné et la trame sonore de Jean-Frédéric Messier. Objet d'admiration du double protagoniste de la pièce, le Psychose de Hitchcock, dont un extrait sonore ouvre le spectacle, sert de référence essentielle et d'inspiration formelle à la pièce.

Angoisse de la mort, de la disparition, dichotomie entre corps et conscience se font jour dans Le Déclic du destin, où un homme perd progressivement des morceaux de son corps. De ce qui était à l'origine un soliloque métaphysique, oeuvre de jeunesse à l'empreinte indéniablement kafkaïenne, le spectacle monté par Francine Alepin est un récit raconté à deux voix. Deux Léo, vêtus chacun d'une moitié de pyjama, y racontent ce cauchemar insolite en alternance ou en choeur, chacun restant dans son univers à lui.

Cette mise en scène dynamise beaucoup le monologue, rythmé par le flot de l'alternance entre les interprètes. Mais entre ce dédoublement, les déplacements soigneusement chorégraphiés, la partition corporelle évocatrice et les éléments conceptuels, c'est presque trop et cela paraît à la longue un peu surchargé.

Cette division du narrateur a surtout pour effet de lier thématiquement les deux textes: s'il se décompose dans Le Déclic..., Léo se dédouble dans Le problème avec moi, alors qu'il rencontre par hasard un clone de lui-même. Jumeaux jusque dans leurs habits et porte-documents (comme s'ils étaient le fruit d'une sorte d'uniformisation produite par la société moderne), les deux Léo profitent de cette brisure de leur routine pour amorcer un questionnement identitaire. S'ensuit un échange rebondissant, amusant et plein de ruptures, où s'incarne une relation d'amour-haine avec ce je qui, comme on le sait, est un autre.

Devant le rideau tiré, les interprètes offrent un numéro digne des tandems humoristiques, privilégiant un jeu gros, presque bédéesque — voir les effets sonores ponctuant les gifles. C'est particulièrement vrai de l'inimitable Carl Béchard, dont on connaît les aptitudes comiques. À ses côtés, on redécouvre avec plaisir Larry Tremblay, rarement vu sur scène. Avec son visage très expressif qui renvoie presque au cinéma muet, il semble jouer davantage de subtilité, avec une sorte de poésie de l'absurde. La paire se complète bien. Il faut saluer le niveau de concentration et le professionnalisme que les deux acteurs ont démontrés lors de la première, perturbée par un problème d'alarme d'incendie. Le résultat aura été de couper en deux un spectacle divertissant et stimulant, déjà placé sous le signe du double...

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Collaboratrice du Devoir

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Le problème avec moi

Textes: Larry Tremblay. Mise en scène: Francine Alepin. À l'Espace libre jusqu'au 24 novembre.

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