Carrefour international de théâtre de Québec - Un Brecht endiablé

Quel diable d'homme est donc ce Thomas Ostermeier pour transformer l'une des premières pièces de Brecht en comédie athlétique digne du burlesque? À telle enseigne qu'Homme pour homme ne s'avère plus uniquement le récit de la métamorphose du naïf Galy Gay en formidable machine de guerre mais également celui d'un drame épique assez didactique en machine comique bien huilée, actionnée par le dynamisme contagieux d'une belle équipe de casse-cous.

Et dire que le petit commis du port n'avait en tête que d'acheter un petit poisson pour souper... Cependant, tout comme le Petit Chaperon rouge, il est retardé en chemin et bientôt récupéré par un quatuor de mitrailleurs qui vient de faire un mauvais coup. Galy Gay apprend alors à ses dépens que n'importe quel homme peut faire l'affaire lorsqu'il s'agit d'aller tuer pour l'empire de sa majesté.

Fable politique comme les aime Brecht, Mann ist Mann retrouve une vitalité insoupçonnée sous la houlette du jeune metteur en scène allemand. Celui-ci lance littéralement ses comédiens contre les murs pour illustrer avec toute l'énergie possible l'engrenage dans lequel Galy Gay met le doigt et qui l'entraînera tout entier.

Merveilleux travail d'ensemble que cette interprétation tonique où un geste en appelle un autre, où le jeu, même robuste, fait éclater la lumière du texte, son ironie et sa crudité aussi. Vigueur qui se manifeste en outre dans un dispositif scénique tout de bois construit, qui redevient un amas de planches en bout de course. Trajet en somme aussi fascinant, rectiligne et inattendu que celui de Galy Gay. Et il nous laisse aussi changés, plus confiants dans la capacité du théâtre d'exprimer avec vivacité des idées claires, portées par des corps coriaces.