Vent de panique pour l'Ermitage

Pas de panique! C'est la réponse faite par les Sulpiciens aux gens de théâtre et aux défenseurs du patrimoine qui craignent la démolition de l'Ermitage, une ancienne salle de spectacle du 3510, Côte-des-Neiges, autour du Grand Séminaire, à Montréal. Les «amis de l'Ermitage» font même pression sur Québec pour obtenir le classement de l'édifice comme monument historique.

Selon le Groupe l'Ermitage, réuni depuis quelques semaines autour de la metteure en scène Vanya Rose, le théâtre est menacé par un projet immobilier qui vise à le transformer en résidences. «Ce marché est sur le point d'être conclu», écrit Mme Rose à la ministre de la Culture dans une lettre datée du 1er décembre. La missive de protestation a été contresignée par cinq personnalités montréalaises, dont Phyllis Lambert, fondatrice du Centre canadien d'architecture. «La communauté artistique de Montréal attend désormais une décision politique qui l'assurerait de la volonté du gouvernement québécois de préserver le patrimoine national.»

Le Groupe en rajoutera samedi, en organisant devant l'immeuble une manifestation publique devant réunir les comédiens Gabriel Gascon et Janine Sutto, qui ont travaillé dans ce lieu de diffusion. On y réclamera «de déclarer ce bâtiment monument historique», dit un communiqué. Le collectif d'artistes, d'architectes, d'universitaires et de citoyens veut «redonner sa fonction culturelle au bâtiment».

Pas de commentaires

Le domaine des Sulpiciens est classé, mais le bâtiment de l'Ermitage ne l'est pas. Son éventuelle démolition demanderait tout de même l'obtention d'autorisations spéciales. Le ministère de Culture refuse pour l'instant de commenter l'affaire. «Il n'y a pas de projet déposé», fait remarquer de manière succincte la porte-parole Marjolaine Perreault.

L'avocat de la congrégation calme franchement le jeu. «Des gens nous sollicitent fréquemment, reconnaît Me Jean-Pierre Morin. À l'automne, il semblait y avoir une ouverture pour la vente éventuelle du terrain de l'Ermitage de la part de certains membres. Mais, pour l'instant, il n'y a pas de résolution [de vente] adoptée par le conseil provincial, et il ne doit donc pas y avoir de panique.»

L'économe des Sulpiciens jette encore plus d'eau sur ce feu. «Oui, il y a encore des offres sérieuses de promoteurs, dit Guy Charland. Mais je peux vous dire que, depuis deux ans, nous en avons refusé plusieurs, au moins quatre ou cinq, certaines extrêmement alléchantes. Notre terrain vaut une fortune. On aurait pu vendre il y a longtemps. Mais il n'y a pas d'urgence pour nous. Et nous sommes conscients de notre responsabilité patrimoniale.»

Les Sulpiciens ont longtemps été les plus grands propriétaires terriens de Montréal. Une étude rendue publique en avril 2001 envisageait cinq hypothèses de développement pour le domaine entourant le Grand Séminaire, y compris la possibilité d'en faire un parc municipal ou d'y ériger des logements en copropriété. Le domaine de la rue Sherbrooke coûte jusqu'à 800 000 $ par année à la congrégation religieuse qui a déjà refusé, l'année dernière, de céder l'Ermitage à un projet de salle de répétition liant la compagnie de théâtre UBU et la compagnie de danse O Vertigo.