Théâtre: Ménage à trois

Luc Bourgeois et Mélanie St-Laurent dans l’une des trois courtes pièces de Semi-détaché. Photo: François Larivière
Photo: Luc Bourgeois et Mélanie St-Laurent dans l’une des trois courtes pièces de Semi-détaché. Photo: François Larivière

Le couple et les rapports amoureux sont à la base de moult produits typiques du théâtre estival. Semi-détaché prouve toutefois qu'on peut explorer ces thèmes familiers sans nécessairement verser dans la pantalonnade. Depuis une décennie, Le Petit Théâtre Du Nord démontre que été et théâtre de création ne sont pas antinomiques. Fondée par les comédiens Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent — qu'on retrouve tous sur scène pour ce spectacle anniversaire —, la compagnie présente des pièces inédites dans une petite grange érigée au sein du Parc du Domaine Vert, à environ une demi-heure de Montréal.

Enfilant trois courtes pièces, Semi-détaché s'est bâti à partir de la scénographie de Jonas Veroff-Bouchard: deux salles d'attente anonymes, contiguës et identiques. Ce lieu dédoublé accueille trois univers foncièrement différents, évoluant dans des genres distincts, mais où, ultimement, la seconde salle devient toujours une sorte d'espace fantasmatique.

En ouverture, Fanny Britt donne une qualité très concrète aux créatures surgies de l'inconscient de ses personnages. Dans son astucieux Les Dromadaires, un homme et une femme qui se rencontrent pour un «blind date» inusité (ils s'apprêtent à sauter en parachute) voient se matérialiser les fantômes qu'ils traînent avec eux: pour l'un, son amère ancienne blonde; pour l'autre, une incarnation de l'homme de ses rêves. Une réflexion légère, mais juste et lucide, sur ces entraves à toute nouvelle relation amoureuse que sont le passé et les illusions.

Les fantasmes jouent aussi un rôle important dans la piécette de Stéphane Hogue, où une visite à la clinique vire bientôt à une ludique incursion dans l'onirisme. N'en dévoilons pas trop, car la surprise participe beaucoup du plaisir qu'on peut y prendre. Débutant dans le registre de la comédie d'horreur, bien monté, Le Sarrau fait beaucoup d'effet mais s'essouffle toutefois un peu en fin de parcours, malgré la brièveté du tableau.

Les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent dans Chaud devant!. Triangle amoureux entre un blagueur impénitent (convaincant Sébastien Gauthier), l'ami qu'il loge et son ex-blonde occupant l'appartement d'en face, le texte signé Nico Gagnon prend des petits airs de Fenêtre sur cour, avec voyeurisme à la clé. Soutenue par la trame musicale aux accents subtilement insolites de Ludovic Bonnier, la pièce installe assez habilement un suspense, un trouble... avant l'hilarant clin d'oeil final.

Le quatuor d'interprètes s'amuse à se réinventer d'une pièce à l'autre. Luc Bourgeois, notamment, traverse ces trois univers en se métamorphosant de façon très crédible à chaque fois, qu'il campe un bellâtre suave ou un pauvre hère perdu en plein cauchemar.

Dirigé avec un bon sens comique par le metteur en scène Philippe Lambert, Semi-détaché propose donc une alternative de qualité aux amateurs de théâtre qui cherchent un divertissement un peu différent de la manne estivale coutumière.

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Semi-détaché

Textes de Fanny Britt, Nico Gagnon et Stéphane Hogue. Mise en scène de Philippe Lambert. Jusqu'au 25 août, à la grange du Parc du Domaine Vert, à Mirabel.

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Collaboratrice du Devoir

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