Festival Coups de théâtre - Jusqu'au fond de l'âme...

D'un seul coup, comme ça, le festival est passé mardi à la vitesse grand V. Déjà, avec Émile et Angèle, samedi dernier, on sentait avoir atteint une vitesse de croisière intéressante. Mais voilà qu'avec La Belle et la Bête puis, plus tard en soirée, avec Personnages, on vient de franchir le mur du son: les Coups de théâtre sont maintenant en orbite. Et les festivaliers sont désormais priés d'attacher leur ceinture. Même ceux qui ont l'intention de se pointer du côté de l'Usine C pour voir cette farce bouffonne qu'est Quién ha visto a mi pequeño niño?, présentée hier après-midi en première...

Mais revenons d'abord à Personnages puisqu'on vous a déjà causé de La Belle et la Bête du Puppentheatre der Stadt Halle hier. C'est un spectacle mettant en scène sept handicapés mentaux. Quatre femmes: Aurélie Bressy, Florence Decourcelle, Valérie Szmigielski et Valérie Vincent. Et trois hommes: Martial Bourlard, Thierry Dupont et Frédéric Foulon. S'inspirant très, très librement de Pirandello, ces six personnages en quête de vie se pointent sur un plateau de répétition et demandent au directeur de scène qu'ils trouvent là de les faire exister.

Évidemment, voyeurs comme le sont les spectateurs de théâtre, on se met à chercher dès le début «le petit détail», la démarche, le geste ou le regard qui va révéler que ce sont bien là des handicapés mentaux... et on tombe dans le panneau. Dirigés par Antonio Vigano à la mise en scène et Julie Stanzak à la chorégraphie, ces gens sont là pour dire qu'ils sont et qu'ils ne sont pas différents, qu'ils sont prisonniers d'une forme et que le théâtre leur permet d'être autre chose. Ils dansent — ils ont travaillé avec une danseuse de Pina Bausch. Ils chantent. Ils font des folies. Ils jouent. Et la charge devient tellement forte, tellement paradoxalement «belle», qu'on est éclaboussé jusqu'au fond de l'âme par leur courage. Bouleversé aussi par les implications de leur démarche sur ce qu'on peut penser du théâtre. Un grand spectacle, tous publics confondus.

Les Mexicains, maintenant. La compagnie Coinventiones del Fonca nous présente, en espagnol et sous la forme de la farce la plus bouffonne que l'on puisse s'imaginer, une petite histoire toute simple: celle de deux enfants laissés tout seuls qui s'inventent des histoires incompréhensibles dont le personnage central est un enfant. Un peu comme le font les enfants d'ici les jours de pluie, lorsqu'on les trouve au sous-sol à s'occuper de leur poupée en lui tenant un langage ressemblant étrangement à celui qu'on emploie avec eux. Quién ha visto a mi pequeño niño? est rendu par des comédiens absolument exceptionnels (Carlo Cobos et Arturo Reyes) qui jouent cette farce comme une sorte de bande dessinée aux trois dimensions biscornues — même la table et les chaises sont toutes croches! — et sur un rythme effréné qui rappelle celui des inventions à répétition des enfants lorsqu'ils s'amusent avec un rien. C'est plus que gentil et bien fait: c'est tout simplement époustouflant.

En vrac
- Journée particulièrement chargée aujourd'hui. Personnages nous a quittés, mais hier soir, un autre «gros morceau» prenait l'affiche à l'Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault (EJ-PP): De ingebeelde zieke, la très attendue version trash du Malade imaginaire mise en scène par Ad de Bont. Le spectacle reprend l'affiche cet après-midi à 13h (EJ-PP) pendant que Quien ha visto a mi pequeno nino? poursuit sa carrière à l'Usine C à la même heure. La journée est par ailleurs marquée par trois premières (on vous parlait de vitesse grand V, non?): L'Atelier des papillons, le deuxième spectacle du Puppentheatre der Stadt Halle, s'installe au Monument-National à 13h; Moeder Afrika d'Ad de Bont — un retour sur le passé esclavagiste néerlandais — est présenté en lecture publique à 16h (EJ-PP) par des comédiens d'ici; aussi, toujours à l'Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault, la troisième participation d'Ad de Bont au festival, Bets, est présentée à 20h. On devrait réussir à vous parler d'à peu près tout cela dans les jours qui viennent.