Festival Coups de théâtre - Raconter de vraies histoires

Il faut croire que toute histoire est bonne à raconter. Même les plus connues. C'est le premier sentiment qui s'installe devant ce Die Schöne und das Biest (La Belle et la Bête) que la compagnie Puppentheater der Stadt Halle présentait hier après-midi au Monument-National devant (encore une fois) un public d'adultes alors que le spectacle est destiné à un auditoire d'enfants de 10 ans et plus. On les plaint d'ailleurs, les petits, de n'avoir pu assister à un tel spectacle! Quelle tristesse! Ils sont passés à côté d'une façon de raconter qu'on ne voit pas souvent de ce côté-ci de l'Atlantique.

Sur la scène à peu près nue, les deux comédiens, Lars Frank et Ines Heinrich s'installent. Elle devant une série de masques posés par terre à ses pieds; lui, sur une chaise, à l'écart, un masque devant lui aussi. Il sera la Bête; elle, tous les autres personnages de l'histoire, mais surtout la Belle. Puis Lars Frank se met à raconter en allemand pendant que les surtitres français défilent au-dessus de la scène. Au fil du discours, les comédiens enfilent les masques puis les redéposent à leurs pieds. Rapidement, on se rend compte qu'on est bien loin de la version sirop de Disney — la Bête vit sur une île déserte où le père de la Belle a fait naufrage et c'est, vraiment, une brute frustrée de se voir rejetée —, mais bien vite on retrouve les deux personnages que l'on connaît. Pour rendre l'emprisonnement de la Belle sur l'île de façon concrète, la comédienne s'enferme dans une sorte de cage à roulettes — on y coupait les crinolines à un autre siècle! — qui permettra, plus tard, des effets de théâtre d'ombre assez saisissants. La Bête se lancera à l'assaut de la cage à coups de bouquets de fleurs, de breloques et de colliers de perles jusqu'à ce qu'une amorce de complicité commence à s'installer à travers leurs deux solitudes conjuguées.

À mesure que le spectacle prend de l'ampleur et que l'on se surprend à être bercé par le texte allemand, on est aussi frappé par l'étonnante économie de moyens tout autant que par l'intense pouvoir d'évocation de l'adaptation — l'ombre démesurée de la Bête, par exemple, fournit des images proprement suggestives. Au bout du compte, la fable acquiert ainsi une dimension onirique et intemporelle qui en enrichit le sens plutôt que de répéter bêtement l'histoire. Bref, un spectacle exceptionnel dont on donnera encore deux représentations aujourd'hui au Monument-National, à 10h et 13h; on vous le recommande fortement...

En vrac
- Le Puppentheater der Stadt Halle est venu à Montréal avec un deuxième spectacle Die Werkstatt der Schmetterlinge (L'Atelier des papillons) qui prendra l'affiche du Monument-National de jeudi à dimanche. C'est un spectacle sans paroles où deux comédiens (Lars Frank et Nils Dreschke) recréent en quelque sorte le monde en fabriquant des objets de papier. On vous en reparle plus tard.
- Journée faste aujourd'hui! D'abord, deux premières attendues dont on avait pu voir des extraits fort dérangeants lors de la conférence de presse annonçant la programmation du festival: un spectacle mexicain introduisant l'absurde aux enfants Quien ha visto a mi pequeno nino? (à l'Usine C, à 13h) et une version trash du Malade imaginaire, De ingebeelde zieke (à l'Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault, à 13h aussi) présentée par la compagnie Wederzijds d'Amsterdam dans une mise en scène d'Ad de Bont. On pourra aussi assister aux deux dernières représentations de Personnages au Théâtre Prospero à 10h et 13h.