Théâtre - Des 16 ans doux-amers

Plus on est de monde, plus on est fou. L'adage populaire a inspiré la compagnie Transthéâtre, qui a invité une trentaine d'artistes à célébrer, dans un déluré cabaret, non pas ses 10 ou 15 ans, mais ses sweet sixteen, entre les déraisons douces-amères de l'adolescence et la lucidité pas toujours raisonnable des adultes.

«C'est un âge mythique qui nous inspire et nous remémore toutes sortes de choses, rapporte Brigitte Poupart, cofondatrice de Transthéâtre, en évoquant quelques-uns de ses propres gestes d'émancipation adolescente. La compagnie traverse un peu la même chose. Le bilan est positif: plus que jamais on se sent libre, on n'est plus à l'époque précaire de faire nos preuves, on se donne la permission de dire ce qu'on pense et, en même temps, de faire des mauvais coups, ce qui est propre à l'adolescence. Et de plus en plus mon mentor, c'est Robert Gravel... »

L'adage prend aussi un sens plus sérieux: plus les Terriens se multiplient et évoluent, moins la planète semble tourner rondement, observent les deux manitous de Transthéâtre, Brigitte Poupart et Michel Monty. La modernité a engendré son lot d'absurdités et d'irritants, que la troupe a voulu exploiter sur le mode tantôt ludique, tantôt sérieux dans son Cabaret insupportable.

Une quinzaine de sketches

«Michel et moi, on trouve qu'on vit de plus en plus dans un monde insupportable, alors on a invité les gens à venir décliner à leur façon ce qui est insupportable pour eux, dans notre société», explique celle qui est aussi membre des Zapartistes. Le tandem a contacté presque tous les (ex-)collaborateurs proches ou lointains de Transthéâtre, des plus notoires (Christian Bégin, François Papineau, Nathalie Claude) aux figures nouvelles comme Ian Murchison ou Mathieu Quesnel. «On a toujours accueilli des artistes de la relève dans nos shows; on aime la continuité», note la codirectrice artistique du projet.

Même ceux qui ont dû refuser l'invitation ne manquaient pas d'idées sur l'inépuisable question des irritants du quotidien contemporain... «La réponse a été tellement positive, c'est un sujet qui allume les gens. Ça pourrait faire un autre cabaret avant qu'on épuise le sujet.»

Chacun disposera d'une tribune de dix minutes, pour uopposition riche en symbolique au total, certains nés d'un brainstorm d'équipe, d'autres générés plus spontanément par les artistes invités. L'ingénieux Stéphane Crête, comédien, auteur, metteur en scène et codirecteur de la compagnie Momentum, portera le chapeau de maître de cérémonie et exposera les nombreux «insupportables» qui n'auront pas pu avoir de tribune.

Certains numéros traitent de victimisation (François Bernier, Guillaume Girard) — «c'est dur d'être acteur!», lance Mme Poupart en guise de clin d'oeil —, de discrimination (François Parenteau). D'autres, plus absurdes ou ironiques, mettent en scène un clown et une mascotte, un numéro de danse (Catherine Tardif), de chanson (Michel-André Cardin) — «Tous les acteurs sont chanteurs aujourd'hui!», note la comédienne —, un duo écologique (Justin Laramé et Emmanuel Schwartz), un concours d'humoristes (Didier Lucien et Frédéric Pierre). Les irritants vont du plus anecdotique au politique. «Il n'y a pas deux numéros pareils, promet la directrice artistique de la soirée. Par exemple, pour Ian Murchison, l'insupportable, c'est l'hiver... »

Transthéâtre est réputé pour ses pièces engagées, politiquement ou philosophiquement, qui déterrent les contradictions et dérives du monde dans lequel on vit. C'est à eux qu'on doit la mise en scène de Gagarin Way en 2003 et la création Cyberjack en 2001. Plus récemment, Autoroute, projet multimédia enraciné dans l'histoire urbanistique de la capitale, était présenté dans le cadre du dernier Festival d'été de Québec. La troupe favorise les approches dynamiques qui sortent des cadres habituels du spectacle.

«On essaie de briser la convention scène-spectateurs, alors il y a toujours quelque chose qui déborde de la scène», prévient Brigitte Poupart. Attention! Bêtes de scène en liberté.

Le Devoir

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Cabaret insupportable

Une production de TransThéâtre présentée les 16, 23 et 30 avril, et les 1er, 7 et 8 mai au Lion d'Or.

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