Théâtre - Une aventure qui séduit

Alexis Martin, Amrita Choudhury et Daniel Brière dans une scène de la pièce La Marche de Râma.
Photo: Alexis Martin, Amrita Choudhury et Daniel Brière dans une scène de la pièce La Marche de Râma.

On ne peut qu'être d'accord avec les codirecteurs du Nouveau Théâtre expérimental: on accorde bien peu de place aux artistes des communautés culturelles sur les scènes francophones. Tant pis si, dans le climat actuel, une trop grande ouverture à l'ethnicité semble désormais suspecte; Alexis Martin et Daniel Brière ont plongé à fond en portant sur scène un des mythes fondateurs hindous et en collaborant avec trois Québécois d'origine indienne. Bien leur en a pris. Malgré l'inégalité de l'interprétation (la gracieuse Amrita Choudhury est beaucoup plus convaincante en danseuse qu'en comédienne) et un récit touffu qui nous perd parfois un peu dans les méandres de ses références, l'aventure séduit.

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La Marche de Râma
Conception et mise en scène: Alexis Martin et Daniel Brière.
À l'Espace libre jusqu'au 28 avril.
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Les deux comparses ont signé une adaptation à la fois ludique, respectueuse et naïve du Râmâyana, fameux récit épique portant sur une incarnation humaine du dieu Vishnu. Relaté par un narrateur (Minoo Gundevia, au ton plutôt professoral) liant les nombreux tableaux, La Marche de Râma contient tous les ingrédients d'un bon conte initiatique: un prince exilé qui doit apprendre à régner, des épreuves, une femme enlevée par un méchant (démon incarné de façon amusante par Alexis Martin) qu'il faut secourir, un combat entre le Bien et le Mal, un parcours moral, etc. L'ambiance sonore créée par le musicien Ganesh Anandan soutient habilement le récit.

Mais le grand plaisir du spectacle, c'est d'abord de voir comment l'équipe du NTE s'y prend pour mettre en images ce récit où foisonnent dieux, démons, aigles et singes parlants, combats épiques... Les deux créateurs décrivent leur pièce comme une sorte d'inventaire de leurs «outils narratifs». À chaque épisode de l'histoire, ou presque, correspond en effet une forme différente: film à la Bollywood, danse, marionnettes, théâtre d'ombres, dessins, et même une contribution de l'ordinateur! Les trouvailles ne manquent pas dans cet univers imaginatif où une bataille peut être représentée par une joute de cricket... Au point où, dans certaines scènes, la forme nous distrait parfois du propos.

Mais il y a un petit côté artisanal bien sympathique dans l'illustration de cette fable. Je pense à cette scène où Alexis Martin et Daniel Brière se relaient derrière un masque surdimensionné pour prêter leur voix à un démon: la transformation se fait ouvertement, avec la complicité du spectateur.

Le spectacle prévu à l'origine par le NTE devait s'intituler Jeux d'enfants, et il y a un peu de ça dans La Marche de Râma, dans cette façon de raconter une histoire à l'aide d'animaux en papier ou de personnages dessinés sur le sol. Ce spectacle nous rappelle que la dimension «jeu» est fondamentale au théâtre. Cette façon de jouer sérieusement sans se prendre au sérieux est un peu la marque de fabrique du NTE.

Collaboratrice du Devoir

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