Théâtre - Racines peu profondes

François Archambault est un auteur dramatique qui sait capter l'air du temps. Par conséquent, il écrit souvent sur des sujets à la mode. Avec plus ou moins de bonheur. Son principal talent en est un de satiriste. Il l'a brillamment prouvé en 2004 avec La Société des loisirs. De retour à La Licorne avec Les Frères Laforêt, il délaisse à demi la satire pour aborder la délicate question des origines et de la transmission de «l'héritage culturel, génétique, politique et philosophique».

Pour ce faire, Archambault reprend le récit plusieurs fois millénaire des frères ennemis. Mais il l'adapte à la sauce québécoise. À la mort du paternel, Philippe, infographiste rêveur, et Daniel, entrepreneur dynamique, se disputent la terre familiale. Dans un premier temps, l'aîné qui en a hérité accepte de vendre la propriété pour que le cadet y installe une forêt transgénique, assortie d'un vaste projet de condos. Mais l'artiste, écolo d'instinct, revient sur sa décision. L'influence tout particulièrement le carnet de notes laissé par son père. Ces pages révèlent que ce bûcheron entretenait avec la forêt une relation plus ambiguë que ses fils ne pouvaient le penser.

Au fond, Les Frères Laforêt ramène à une opposition manichéenne la question complexe des relations entre l'homme et son environnement. Ici, l'action est campée dans un Dolbeau improbable. On n'y entend pas le moindre accent du «Laaaac». De plus, on ne parle pas de talle de bleuets, mais de «spot» aux bleuets. Exemple parmi d'autres d'un regard très métropolitain porté sur une région. Le tout se termine naturellement sur la victoire (violente) de l'écologisme sur la logique marchande. Il souffle en outre sur la mise en scène de ce spectacle une nostalgie du sirop d'érable et de la cuiller de bois, semblable à ce qui a fait le succès de la chanson Dégénération du groupe Mes Aïeux.

Ceux qui partagent ce sentiment d'une société qui a perdu le nord communieront peut-être avec ce portrait tranché de deux frères opposés en tout. Équation binaire encore soulignée par la disposition des spectateurs des deux côtés de la surface de jeu en bois véritable créée par Olivier Landreville, au bout de laquelle se trouvent deux tableaux blancs.

Justement, dans le rôle de ce trentenaire en crise, éprouvé par le deuil et en quête d'assises, Patrice Dubois est d'une fragilité amusante, un brin clownesque. Mais il est difficile de voir en lui un gars du Lac. Idem pour Dany Michaud, dont l'intensité ne saurait être niée. Toutefois, l'assurance, voire l'ambition, passe-t-elle vraiment par tant d'énergie et de bonds de boxeur? Quant au sculpteur Armand Vaillancourt, mobilisé pour la cause, sa présence garantit de belles images. Cependant, peut-on imaginer cinq minutes qu'il représente un grand-père typique? J'ai peut-être trop vu de films de Pierre Perrault, mais je n'y arrive pas. En somme, l'essentiel de cette réflexion sur la tradition m'a semblé très peu profondément enraciné.

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Les Frères Laforêt

De François Archambault. Mise en scène: Patrice Dubois. Une production de Janvier Toupin, théâtre d'envergure à La Licorne jusqu'au 28 avril.

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Collaborateur du Devoir

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