Théâtre - La mort en rose

Seule en scène dans la pièce Oscar et la Dame rose, Rita Lafontaine a la lourde tâche d’incarner en alternance un petit garçon et une femme âgée.
Photo: Seule en scène dans la pièce Oscar et la Dame rose, Rita Lafontaine a la lourde tâche d’incarner en alternance un petit garçon et une femme âgée.

Qui peut être contre la vertu? Présenté «pour célébrer le centenaire de l'hôpital Sainte-Justine», Oscar et la Dame rose dégageait une forte odeur de bonne cause lors de sa première, dédiée aux bénévoles. Il faudrait avoir un coeur de pierre pour résister au petit héros, au destin dramatique, de la pièce. D'où un certain inconfort devant cette noble entreprise qui ne tient pas ses promesses sur le plan artistique.

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Oscar et la Dame rose
Texte: Éric-Emmanuel Schmitt. Mise en scène: François Flamand. Au Monument-National jusqu'au 18 mars. Et du 10 au 21 avril.***

Malgré la gravité de son thème et les grandes questions soulevées (la spiritualité, la vie, la mort), l'oeuvre d'Éric-Emmanuel Schmitt possède la simplicité d'un conte vu à hauteur d'enfant. Oscar, un leucémique de dix ans qu'une accompagnatrice bénévole a encouragé à écrire à Dieu, décrit donc sa vie à l'hôpital, peuplé d'autres enfants malades, tandis que mamie Rose, l'ancienne lutteuse, le régale d'anecdotes colorées, puisées dans son passé.

Cet Oscar révèle un étonnant mélange de naïveté infantile et de perspicacité adulte. À l'air atterré de son médecin, il comprend qu'il est devenu un «mauvais malade», l'empêchant de croire aux pouvoirs de la science, mais le petit garçon s'imagine par ailleurs qu'on peut faire des enfants au moyen d'un French kiss! En émerge une vision critique du monde adulte et de ses mensonges «lâches», les parents et soignants d'Oscar étant incapables d'assumer sa mort prochaine et donc d'aborder franchement le sujet avec lui. Le texte du populaire écrivain-philosophe apostrophe notre refus d'évoquer la Grande Faucheuse, ce tabou, de la regarder en face.

Le doué Éric-Emmanuel Schmitt multiplie sans effort les bons mots. Mais plusieurs s'appuient sur une drôlerie un peu facile, jouant sur le contraste que crée un enfant qui emprunte le vocabulaire des adultes. Sur les conseils de son ange gardienne, Oscar entreprend en effet de vieillir d'une décennie par jour. Les affres de la puberté, l'amour, le démon du midi, la vieillesse: il traversera les étapes de l'existence en un éclair. L'auteur du Visiteur a donc composé un bel hymne à la vie, mais d'une joliesse plutôt convenue, à la candeur qui semble parfois un peu forcée. Bref, cette fable humaniste fleure un peu trop l'eau de rose.

Avec ses projections qui semblent parfois superflues — certaines à l'imagerie bédéesque, amusantes, accentuent par contre le caractère enfantin du conte — et sa trame musicale chargée, la production de Sortie 22 n'aide guère à mettre en valeur ce mince roman. Seule en scène, Rita Lafontaine a la lourde tâche d'y incarner en alternance un petit garçon et une femme âgée. Son interprétation paraît un peu trop indifférenciée, même si la chaleureuse comédienne parvient tout de même à s'y montrer coquine, attendrissante, attachante.

Mais parfois, les bonnes intentions ne suffisent pas...

Collaboratrice du Devoir

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