Théâtre - Les Nuits de la Main

Le Théâtre Mainline et son directeur artistique, Jeremy Hechtman, nous donnent une bonne leçon de marketing avec leur spectacle, Vampire Lesbians of Sodom. En effet, avouons que le titre de cette nouvelle production fait frémir en évoquant du même souffle sang et sexe et en suggérant ainsi qu'on ne fera pas dans la dentelle mais bien plutôt dans le cuir. Que nenni, pourtant.

En effet, il faut savoir que ces vampires lesbiennes sortent de l'imagination de Charles Busch, dramaturge, scénariste et comédien américain qui laissa sa marque off-Broadway grâce à ses créations irrévérencieuses et son penchant pour les rôles de travestis. Pour rester dans le vestimentaire, on s'en tient donc ici aux paillettes pour une soirée qui ne manque pas de charme mais qui, ô surprise, reste proprette. Cette farce d'inspiration vaguement gothique est composée de quelques épisodes d'un duel millénaire entre Succubus (Patricia Summersett), démon femelle attiré par les jeunes vierges, et une de ses victimes, devenue au XXe siècle une grande actrice, Madeleine Astarté. Le comédien Paul Van Dyck reprend ici le flambeau de Busch en donnant à ce rôle féminin le ton hystérique approprié.

Il importe de mettre les points sur les i: Hechtman et sa bande ne cherchent en aucun cas à réinventer le théâtre, et leur seule revendication est le droit de produire du divertissement professionnel de qualité. On ne sort donc pas ici des conventions du burlesque: humour outrancier mais rarement vulgaire, jeu exacerbé de la distribution, scénographie minimaliste sujette à de multiples transformations. L'ensemble est chaleureux et présenté dans la bonne humeur. Pensons notamment aux joyeuses chorégraphies signées Robin Henderson. Mais on reste sur notre appétit devant le peu de mordant d'une production dont le titre pointait dans une direction très trash. En fait, les Mainliners nous proposent une double dose de Busch. Ce fut du moins le cas lors de notre visite puisque le programme laisse entendre que chaque soirée réserve son lot de surprises... Outre Vampire Lesbians of Sodom, Sleeping Beauty or Coma, titre moins vendeur mais tout de même évocateur du sens de l'humour de l'auteur, complétait le programme de la soirée. On m'excusera d'éventer un peu la surprise de ce boni offert en ouverture de spectacle.

Précisons que cette rocambolesque histoire de haute couture et de LSD ayant pour cadre le swinging London des années 60 se révèle beaucoup plus rythmée et plus délirante que celle des lesbiennes assoiffées de sang. Pour tout dire, les costumes colorés aux allures psychédéliques de Kerri Strobl se marient bien au jeu typé mais énergique des comédiens. Citons notamment le travail de Dan Jeannotte, qui fait preuve de beaucoup d'aplomb et d'allure dans le rôle d'un extravagant photographe de mode, puis dans celui d'un jeune acteur des années 1920.

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Vampire Lesbians of Sodom

Texte: Charles Busch. Mise en scène: Jeremy Hechtman. Une production du Théâtre Mainline, 3997, boulevard Saint-Laurent, présentée jusqu'au 17 février.