Théâtre -Thérapie par le rire

Si l'on entretenait encore des doutes sur la pertinence du Malade imaginaire aujourd'hui, le récent reportage de Radio-Canada sur les charlatans dans le milieu des médecines douces les aurait dissipés. Charge contre l'hypocrisie, l'histoire d'Argan, cet hypocondriaque crédule qui dorlote ses bobos afin de contrôler son entourage et de tenter de garder à distance l'inévitable, nous parle encore. Notamment de notre refus de la mort.

Mais si l'ombre de la Grande Faucheuse plane sur l'ultime pièce de Molière, la production du Théâtre du Nouveau Monde, elle, orchestre avant tout un divertissement vigoureux et fantaisiste, peu porté sur l'angoisse. Selon Pascale Montpetit, ravie de reprendre ce spectacle couronné de succès, le public n'est pas le seul à s'être offert une pinte de bon sang lors de la première vie du Malade imaginaire, en janvier dernier. «Ce fut le bonheur total! Le plaisir commençait bien avant qu'on mette le pied sur scène... Il y a un esprit de troupe au sein de la distribution comme j'en ai rarement vu. Peut-être parce qu'on cumule plusieurs rôles, jouant à la fois notre personnage et les figures des intermèdes musicaux.»

C'est d'ailleurs ce qui démarque cette joyeuse production: le choix inusité du metteur en scène Carl Béchard de jouer cette comédie-ballet dans son intégralité, avec tous ses extravagants — et un peu superflus — intermèdes chantés et dansés. Généralement plaisamment montés, ces tableaux mêlent à la musique du compositeur originel Marc-Antoine Charpentier le son moderne de Carol Bergeron, qui a même inventé des instruments pour la scène. Tout le spectacle accuse ce mariage du classicisme avec une touche de folie, perceptible notamment dans les costumes éloquents conçus par Marc Sénécal: «Ils sont à peu près d'époque, mais en juste un peu plus flamboyants», explique Pascale Montpetit.

Quant à la solide distribution, elle déploie un jeu très physique: les entrées en scène deviennent des bondissements. «Carl Béchard voulait un niveau d'énergie de carnaval, un peu au-delà de l'énergie naturelle. On n'est pas dans l'esthétique de la commedia dell'arte, mais la gestuelle déborde un peu du réalisme à l'occasion.»

Avec raison, les abonnés du TNM ont salué la formidable interprétation de Pascale Montpetit, lauréate d'un prix Gascon-Roux. L'hilarante comédienne met vraiment en valeur le double jeu de Toinette, la rusée et impertinente soubrette qui s'emploie à contrecarrer les plans de son maître (Alain Zouvi, sobre et convaincant) pour marier sa fille à un médecin ridicule. «Les servantes étaient au courant de tout dans la maison, et elles avaient un lien assez intime avec leur maître. Toinette sait tout et contrôle donc les ficelles pour manipuler Argan, qui est lui-même un manipulateur, jusqu'à un certain point. C'est un personnage sympathique parce qu'elle est bonne pour Argan: si elle le gronde et qu'elle est effrontée, c'est toujours pour le protéger contre les médecins qui veulent le rouler dans la farine. Et Toinette est vraiment la complice du public.»

L'intense Pascale Montpetit est loin de lever le nez sur la comédie. «Elle commande un rythme qui ne peut pas être truqué; c'est vraiment une mécanique. Moi, j'adore la comédie! Je trouve que c'est un genre aussi profond que le drame, qu'on peut y parler de l'humanité avec autant de finesse, autant de subtilité.» Surtout quand elle est entre les mains d'un certain Molière...

Le Malade imaginaire. Texte de Molière. Mise en scène de Carl Béchard. Au Théâtre du Nouveau Monde, du 7 au 16 décembre, en supplémentaire du 19 au 23.