Théâtre - Cet obscur objet du désir

L'Éblouissement du chevreuil est le genre de pièce dont on est bien content d'avoir lu le synopsis avant d'assister à la représentation. Pas sûr qu'on s'y serait retrouvé autrement... Cette brève exploration théâtrale d'Évelyne de la Chenelière nous entraîne dans la tête un brin confuse d'un Joe ordinaire. Un périple intérieur aux allures de quête d'identité où souvenirs, fantasmes et réalité se confondent.

***
L'Éblouissement du chevreuil
Texte d'Évelyne de la Chenelière. Mise en scène de Jean-Guy Legault. À la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui. Jusqu'au 25 novembre.
***

Afin de tenter de comprendre les femmes, ces créatures bien mystérieuses, Joe (juste Justin Laramée) s'invente un double en jupe, Joséphine (Delphine Bienvenu). Avec elle, il revoit les femmes importantes de sa vie, sa mère, sa blonde et son actrice fétiche. Un éternel féminin empruntant toujours, d'un archétype à l'autre, les traits séduisants de la convaincante Marie-Laurence Moreau.

Jouant intelligemment avec deux grands cadres vides qui en composent l'unique décor, le spectacle porte d'abord sur l'image. L'insécurité devant son propre reflet ou un objet de désir idéalisé. La dictature de l'image médiatisée et comment ces fantasmes modèlent nos perceptions et attentes envers les autres. Le texte examine l'incompréhension entre les sexes, l'impression de ne pas être à la hauteur des désirs de l'être aimé, d'être incomplet.

Rien de vraiment neuf dans cette réflexion. C'est plutôt la forme très éclatée qui surprend ici. Épousant peut-être l'absence de repères du protagoniste, le parcours dramatique est si fractionné qu'il faut renoncer à y chercher une trame. Mais pris individuellement, certains tableaux ne sont pas dépourvus d'intérêt. Et si sa plume ne démontre probablement pas toute la vivacité et la finesse dont elle a fait preuve ailleurs, l'auteure d'Henri & Margaux sait pour autant ménager des séquences assez ludiques. Comme ces amusantes séances cinématographiques, à l'accent parodique.

Bref, Évelyne de la Chenelière semble s'offrir là une sorte d'intermède expérimental, ce qui est la prérogative d'un artiste. Sauf que l'exploration tourne plutôt court (le spectacle lui-même dure moins d'une heure), trop elliptique pour vraiment toucher. La pièce paraît prisonnière d'un exercice un peu trop cérébral.

Collaboratrice du Devoir