Coups de théâtre - Nostalgie à la tchèque

Chantefable reprend l’histoire d’Aucassin et Nicolette à partir du vieux texte du XIIIe siècle racontant l’amour impossible d’un jeune prince pour une esclave «sarrazine».
Photo: Chantefable reprend l’histoire d’Aucassin et Nicolette à partir du vieux texte du XIIIe siècle racontant l’amour impossible d’un jeune prince pour une esclave «sarrazine».

La marionnette se décline dans tous les styles, on le sait, mais il y a un charme certain à la voir revêtir des habits traditionnels, comme dans ce Chantefable présenté par l'Illusion dans son petit théâtre de la rue de Bienville, en plein coeur du Plateau. Surtout que Claire Voisard a fait appel pour cette production aux Tchèques Karel Brozek à la mise en scène, Nina Malikova à la dramaturgie et Alois Tomanek à la scénographie. Quand on sait aussi que c'est un certain Jaroslav Dolezal qui a sculpté les marionnettes du spectacle dans le plus pur style de la marionnette tchèque traditionnelle, le détour par les petites rues du Plateau est incontournable.

Chantefable reprend l'histoire d'Aucassin et Nicolette à partir du vieux texte du XIIIe siècle racontant l'amour impossible d'un jeune prince pour une esclave «sarrazine», comme on disait à l'époque. Impossible, parce que le comte de Beaucaire s'oppose à cette union et qu'il fera enlever la dulcinée pendant que son fils défend les remparts de la cité contre un vieil ennemi. Résultat, les deux amoureux auront à traverser toute une série d'embûches et d'embuscades avant de pouvoir vivre leur amour.

C'est évidemment la façon de raconter l'histoire rocambolesque des deux amants qui fait l'intérêt de la production, les marionnettes tchèques traditionnelles manquant de mobilité puisqu'elles sont souvent sculptées toutes d'un bloc à l'exception de la tête et des bras qui bougent. Dans un décor simple formé de trois chaises se transformant selon les péripéties du récit, les trois manipulateurs comédiens (Julie Desrosiers, Sylvain Hétu et Philippe Racine) travaillent à vue et racontent tout autant qu'ils illustrent l'histoire qui se déroule devant les spectateurs. Ils réussissent ici, en adoptant souvent une distance qui aurait pu inspirer Brecht, à donner à l'ensemble une fraîcheur étonnante. Si jamais le spectacle passe près de chez vous, il faudra trouver le moyen d'y amener vos enfants.

Terminons avec quelques suggestions pour le premier week-end du festival. Deux spectacles très attendus d'abord: Assoiffés de Wajdi Mouawad, une production du Théâtre le Clou pour les ados de plus de 14 ans, prend l'affiche de l'Espace Libre demain et dimanche à 17h, et Les Secrets de la nuit, une production finlandaise visant les enfants de plus de cinq ans, s'installe dans la petite salle de l'Usine C. Dans la grande salle, demain et dimanche, c'est la version opératique de La Chèvre de monsieur Seguin, mise en scène par Paul Buissonneau, que l'on pourra voir. Et n'oubliez pas Les Petits Urbains à La Licorne, jusqu'à dimanche.