Coups de théâtre - Pierre qui roule...

Le conte se porte plutôt bien par les temps qui courent. Et encore plus cette forme de «conte théâtralisé» qu'on associe au nom d'Yvan Bienvenue et qui incarne un parti pris résolument urbain. Après les traditionnels Contes urbains qui reviennent à La Licorne tous les Noëls et les Zurbains brillamment développés par l'équipe du Théâtre Le Clou, voici que, à la demande de Rémi Boucher, Bienvenue s'adresse maintenant aux enfants de cinq ans dans Les Petits Urbains.

Quatre histoires ici, imbriquées les unes dans les autres au rythme d'une pierre qui roule, poussée par un «p'tit kid» qui marche vers la grande ville: Nicolas dit Nico. C'est lui, va-t-on apprendre, qui a inventé la grande ville à force de la chercher et qui l'a même sauvée à de multiples reprises. Personnage aux dimensions presque mythiques, Nico y parvient en poussant donc devant lui «sa» roche, sa première amie, sa confidente qui piquera une crise de jalousie quand, peu à peu, de nombreuses personnes se joindront à lui dans sa quête de la grande ville. L'histoire est contée de façon éloquente par de remarquables comédiens (Nicolas Germain-Marchand, Joël Marin et Marie-Josée Forget), qui caricaturent juste ce qu'il faut leurs personnages hors du commun. Mais c'est le texte de Bienvenue, avec ses flashs éblouissants, qui lie le spectacle en investissant l'univers du rêve sans négliger les petits détails irrésistibles. Il y a toutefois quelques réserves: un vocabulaire un peu trop riche pour des enfants de cinq ans et une langue qui s'appuie un peu trop sur des anglicismes qu'on n'utilise plus depuis que les p'tits culs ont fait place aux p'tits kids...

Un peu comme toi

Comment initier un public d'adolescents à la danse contemporaine? Selon le chorégraphe Martin Bélanger, il s'agirait de lui donner tout ce à quoi il s'identifie — skateboard, musique pop ou hip-hop, iPOD, une danse proche de l'esthétique des vidéoclips, et une conscience aiguë de son propre look —, puis d'y insérer graduellement des éléments du quotidien de six trentenaires membres d'une troupe de danse. Pour provoquer un rapprochement, montrer que la danse n'est pas toujours constituée de mouvements d'ensemble en synchro, dictée par une esthétique de vidéoclip.

C'est ce que propose, aujourd'hui et demain à l'Espace Libre, Un peu comme toi, première incursion de la compagnie Montréal Danse dans l'univers du spectacle jeune public. Les danseurs déconstruisent peu à peu les référents évidents des ados pour leur livrer une petite part d'eux-mêmes à travers de brefs témoignages au micro, des attitudes désinvoltes, brouillant la limite entre la fiction et la réalité.

Ce à quoi certains jeunes membres du public ont répondu par une attitude tout aussi désinvolte: en sortant de la salle pour y revenir parfois et en commentant tout haut la performance. Si le procédé intrigue au début, il se disperse en cours de route. Malgré la complicité et le plaisir contagieux des danseurs, le choix d'entrer de plain-pied dans la culture des jeunes et de leur proposer en même temps d'autres clés de lecture du spectacle sème plutôt la confusion dans les esprits. On y rit toutefois souvent et de bon coeur, tous publics confondus.