On (ne) badine (pas) avec l'amour

Les Coups de théâtre mettent plus que jamais le cap sur la danse cette année, alors que l'événement était lancé, lundi soir, avec une création de la chorégraphe Hélène Blackburn (Cas public).

«Certes il ne faut avoir qu'un seul amour en ce monde.» Ces quelques mots servis en exergue de Journal intime semblaient donner le ton de la pièce: on ne badine pas avec l'amour. Mais le superbe spectacle où l'humour côtoie la poésie du verbe et du geste évoque plutôt les mille et une manières d'aimer. Peut-être faut-il badiner avec l'amour pour savoir le vivre...

Neuf danseurs s'élancent dans une suite de duos enlevés, tangos doux-amers, presque violents de fougue et d'intensité, sur les amours d'adolescents, fréquents, intenses mais pas toujours concluants. Des micros relaient l'écho de leurs gestes, tandis qu'au piano Laurier Rajotte alterne Bach et ses propres élans d'improvisation. Parfois, discours, chansons et images vidéo de baisers rivalisent joyeusement avec le mouvement, alors que les interprètes énumèrent les symptômes, les joies et les pièges de l'amour. Les langues et les accents divers s'y succèdent aussi avec exaltation.

Les danseuses, avec leurs curieux souliers à pointes, et les danseurs, avec leur force tendre, distillent juste assez de grâce et d'aplomb pour que la danse émeuve sans noyer le propos dans le pathos. Le spectacle dégage une humeur rafraîchissante à l'heure des discours alarmistes sur l'hypersexualité des jeunes. La sexualité adolescente retrouve ici sa juste mesure: certes débridée, parce qu'en plein épanouissement, mais pas si perverse qu'on le laisse croire. Journal intime joint admirablement le travail jeune public d'Hélène Blackburn à ses oeuvres «pour adultes».

Hansel et Gretel

Le Puppentheater Halle n'en est pas à sa première visite aux Coups de théâtre puisqu'on a déjà vu ici le remarquable La Belle et la Bête et L'Atelier des papillons en 2002, de même que Can you whistle Johanna? l'an dernier, lors du congrès de l'ASSITEJ. Habituée des festivals, la compagnie allemande est reconnue partout pour sa grande maîtrise de la marionnette à fils et pour sa façon originale de présenter les récits et les contes dont elle s'inspire. Mais cet Hansel & Gretel, à l'affiche jusqu'à jeudi à l'Usine C pour les écoliers anglophones, hausse la barre encore plus haut.

Le conte des frères Grimm est décliné ici à l'intérieur de trois grands écrans rectangulaires — on dirait presque du Robert Lepage! —, surplombés par une petite passerelle suspendue dans le noir; c'est de là qu'une narratrice (Conny Wolter) nous raconte la mésaventure des deux enfants piégés par la maison en pain d'épice de l'affreuse sorcière, en interprétant les voix d'un peu tout le monde. Abandonnés en pleine forêt par leurs parents, menacés de mort par l'affreuse sorcière, Hansel et Gretel semblent voués à un sort abominable, et les enfants de cinq ans et plus auxquels s'adresse le spectacle en restent pétrifiés de silence, presque terrifiés à l'idée de ce qui pourrait se passer...

Les marionnettistes Nils Dreschke, Lars Frank et Uwe Steinbach réussissent quelques tours de force tout au long du spectacle en alliant inventivité et prouesses techniques, mais le personnage de la sorcière est le plus frappant — sa première manifestation, en particulier, jette un froid dans la salle. On est également renversé par la présence de la narratrice qui contribue à donner vie aux marionnettes grâce à la justesse de ses intonations, tout en maniant alternativement l'ellipse et le détail plein de sens. C'est, on l'aura compris, un grand spectacle qui doit être chaudement recommandé.

À venir, demain au festival, Un peu comme toi, le premier spectacle jeunesse du chorégraphe Martin Bélanger (Espace libre, 13h), les deux représentations des Petits urbains d'Yvan Bienvenue à la Licorne (10h et 13h), et les dernières de Chantefable au petit Théâtre de l'Illusion (19h30) et de Hansel & Gretel (à 10h).